Macron souhaite donner aux maires les noms des radicalisés fichés : un bon coup politique, mais risqué

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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"Comment formaliser de façon systématique un tel 'secret partagé' entre maires et préfet, dans quel cadre, et surtout pour en faire quoi ?", interroge Hélène Jouan, chef du service politique d'Europe 1. 

Mardi, lors de son intervention sur la politique de la ville, Emmanuel Macron a souhaité que les maires soient informés de la présence des individus radicalisés dans leurs communes. Une bonne opération politique, mais qui n’est pas sans risque.

En finir avec la "coupable naïveté". À chaque nouvel attentat, c’est un leitmotiv de l’opposition : que tous les fichés S soient au choix, expulsés ou enfermés. A chaque nouvel attentat, les autorités de l’État, politiques, judiciaires, policières tentent d’expliquer que la mesure n’a pas de sens, au vu de la masse des personnes concernées, de notre état de droit et de l’efficacité du renseignement qui est l’objet même de ce fichier et des enquêtes en cours. Mais continuer à affirmer, "on ne peut rien faire de plus", n’était pas tenable non plus au long cours. Moins vis-à-vis de l’opposition, que de l’opinion publique qui y voit un message d’impuissance voire de "coupable naïveté" pour reprendre l’expression de Laurent Wauquiez.

D'où cette ouverture d'Emmanuel Macron. Bien sûr, elle ne porte pas sur les fichés S, mais sur le fichier dit des radicalisés qui est un fichier de police. Une sorte d’annuaire, comportant 20 000 noms au total.  Ce que le président a proposé, c’est d’informer les maires de la présence de ces islamistes radicaux  sur leurs communes. Sur le principe, ça s’entend. "Dans l’ère de co-production de la sécurité dans laquelle nous sommes entrés, explique un élu, l’État n’est plus le seul garant de l’ordre public, il y a déjà des délégations de de sécurité, donc nous avons tous intérêt à travailler ensemble."

Être dans le secret présente des risques. Quand on veut embaucher un employé municipal, un éducateur pour un centres aéré ou un club de foot, c’est mieux, disent les élus, de savoir à qui on a à faire avant. Sur le principe donc, pas de problème. Mais dans la pratique, ça se complique. Comment formaliser de façon systématique un tel « secret partagé » entre maires et préfet, dans quel cadre, et surtout pour en faire quoi ? Que le maire sache, c’est une chose. Mais il n’a ni les moyens de surveiller ces individus avec sa propre police municipale, sauf à prendre le risque d’éveiller leurs soupçons et d’entraver  d’autres enquêtes en cours - car un fiché radicalisé est aussi souvent un fiché S -, ni les moyens d’user de cette connaissance pour le muter ou le renvoyer d’un emploi municipal, pas plus que de l’écarter de toute vie locale en le jetant en pâture à la vindicte publique.

Pour ces élus, être désormais dans le secret présente un autre risque : en cas de drame, leurs électeurs auront beau jeu de leur dire "vous saviez qui était l’individu capable de tels actes, et vous n’avez rien fait". Sacré bâton pourri pour ces élus de proximité. Emmanuel Macron a fait le calcul que "ne pas partager le savoir", était sans doute devenu politiquement intenable. Mais le faire reste à écrire.