Faut-il donner aux maires le nom des fichés "S" radicalisés ? Pour les services de renseignements ce serait contre-productif

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Aujourd'hui les élus locaux et la police municipale ne sont pas informés sur les individus inscrits dans le FSRPT. 0:59
Aujourd'hui les élus locaux et la police municipale ne sont pas informés sur les individus inscrits dans le FSRPT. © PASCAL GUYOT / AFP
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Emmanuel Macron a souhaité mardi que les préfets "échangent" avec les maires sur la présence dans leurs communes des personnes fichées pour radicalisation islamiste. Pour les services de renseignements, cela pourrait être dangereux. 

Depuis des années, certains maires réclament d'avoir le nom des fichés "S" susceptibles d'être présents dans leur commune pour renforcer la sécurité. Mardi, Emmanuel Macron a relancé le débat, sans être très précis sur les modalités, en se disant favorable à plus d'échanges entre les préfets et les maires concernant certains individus inscrits aux fichiers des radicalisés (FSPRT) qui comprend un peu plus de 20.000 noms.

"Surveiller davantage certaines rues". Une annonce qui satisfait en partie Guy Lefrand, maire LR d’Evreux qui réclame jeudi sur Europe 1 la création d'un groupe de travail à ce sujet. "Je demande à connaître le nom des fichés S dangereux pour savoir si j'en ai éventuellement dans mon personnel municipal et ensuite au niveau de la population pour que nous puissions travailler ensemble. Nous avons besoin d'unir nos forces, nos capacités", plaide-t-il. "Avec l'aide de la police municipale, nous pouvons surveiller davantage les abords de certaines rues. Ainsi en cas de risque d'attentat majeur, il sera possible d'assurer une surveillance beaucoup plus rapprochée. Je ne vois pas pourquoi des policiers nationaux ou des gendarmes ont le droit de savoir qui ils ont en face d'eux et nous non."

Dangereux pour les enquêtes. Mais les services de renseignements sont très réticents à l'idée d'informer les élus locaux sur leurs cibles. Selon eux, communiquer une telle information serait totalement contre-productif et même dangereux pour les enquêtes et les surveillances en cours. Car le risque de fuite est trop grand, l'alerte pourrait être donnée par maladresse et saboter des mois d'enquêtes, voire précipiter un passage à l'acte.

"Ne pas confondre les rôles". "Si les maires mettent en place un système de surveillance, ils vont entraver celui de la DGSI ou du renseignement territorial qui agissent de manière beaucoup plus concrète. Les policiers municipaux sont en uniforme. Si quelqu'un est vraiment dangereux, il va les voir arriver à plusieurs kilomètres", confirme Chems Akrouf, expert en renseignement et enseignant à l’université Lyon-1 et Assas sur les questions de terrorisme, invité d'Europe Midi jeudi. "Avoir une stratégie dans la prévention, former les policiers municipaux sur le recueil d'informations, c'est possible mais de là à dire qu'un policier municipal va pouvoir agir pour les neutraliser et empêcher qu'ils passent à l'acte, non. Il ne faut pas confondre les rôles."

Selon un ancien haut responsable des services de renseignement, contacté par Europe 1, les préfets ne peuvent pas non plus faire confiance à tous les maires de leurs départements. Dans le Figaro, le député Bernard Carayon (LR) ose même affirmer que certains maires sont "islamo-compatibles". Il plaide pour un dialogue informel entre les préfets et les maires et non pour un dialogue systématique. Le président de la République a donné jusqu'au mois de juillet au ministre de l'Intérieur pour définir un protocole précis.

Europe 1
Par Alain Acco édité par Clémence Olivier