NDDL, blocage des fac, manif... la "violence légitime" de l'Etat est-elle nécessaire ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Les vives tensions des derniers jours à Notre-Dame-des-Landes, dans les universités ou encore à l’occasion des manifestations de cheminots, s'invitent désormais à l’Assemblée nationale.

La question de l’usage et de l’utilisation de la violence est aujourd’hui au cœur du débat politique. À Notre-Dame-des-Landes, qui est responsable de la violence ? Les zadistes qui ont refusé de jouer la carte de la régularisation, et occupent désormais illégalement leurs fermes tout en préparant à leurs heures creuses des cocktails Molotov ? Ou, le gouvernement qui fait donner la force pour rétablir l’Etat de droit, évacuant à coups de gaz lacrymogène et de véhicules blindés une bergère et sa brebis ?

"C’est la matraque que vous levez". C’est cette question qui a enflammé mercredi l’Assemblée nationale. La députée Insoumise Clémentine Autain y a fustigé "la fuite en avant autoritaire du gouvernement" sur l’ex-zone aéroportuaire de Notre-Dame-des-Landes. "Même stratégie brutale pour étouffer le mouvement étudiant : c’est la matraque que vous levez", a-t-elle encore accusé. Sur les bancs de la majorité, on hurle "c’est vous la chienlit", et Gérard Collomb lui a répondu : "On n’envoie pas dans les facultés ou à Notre-Dame-des-Landes des gens inconséquents déchaîner une violence que demain on ne pourra plus contenir !". "S’il n’y a pas la loi et l’ordre, il n’y a pas de pays qui tienne !", a-t-il tonné. Incident de séance : le micro a été coupé à Clémentine Autain et les élus de la France insoumise ont quitté leurs bancs. Jean-Luc Mélenchon a levé une main accusatoire contre le ministre de l’Intérieur protégé par des huissiers. Violence partout, ordre nulle part !



Violence légitime. Si le calme a été vite rétabli, reste néanmoins posée cette question de la "violence" à l’œuvre dans plusieurs conflits aujourd’hui. On admet communément depuis Max Weber, sociologue allemand, que la violence légitime est du côté de l’Etat. C’est au nom de ce principe que Gérard Collomb pouvait dire hier qu'il ne reconnait qu’une règle, celle du suffrage démocratique. Mais c’est aujourd’hui ce qui est contesté. Pas forcément par ceux qui défendent un modèle de vie alternatif à Notre-Dame-des-Landes, pas par ceux qui défilent dans les manifestations contre les réformes, pas par des étudiants qui ont bien le droit de contester Parcoursup, non, par des groupuscules agissants, de l’ultra gauche ou de l’ultra droite, et qui aujourd’hui n’ont d’autre but que de provoquer cette violence.


Des nouvelles formes de radicalité. Il y a quelques jours, un éminent responsable syndical nous disait son désarroi face à ces individus extérieurs à leurs luttes, et qui débarquent dans leur mobilisation, pratiquent le "black bloc", cette tactique d’affrontement avec les forces de l’ordre. "Ce sont des violents, on sait qu’ils nuisent à notre image, mais que faire ?", se demandait-il, désarmé. Ces mouvements radicalisés voient dans les conflits en cours, ZAD, fac, manif, autant d’occasions de provoquer l’engrenage à l’œuvre aujourd’hui. Choc des images. Le gouvernement n’entend pas se laisser dépasser par ces nouvelles formes de radicalité, et joue le retour à l’ordre par tous les moyens. "Le feu semble prendre à la plaine", se réjouit à l’inverse Jean-Luc Mélenchon sur son blog, sans prendre la peine de faire la distinction entre contestation, revendication, mobilisation et usage immodéré de la violence. Dangereux pari. S’il devait y avoir un accident grave, personne n’en sortirait vainqueur, seuls se réjouiraient ceux pour qui c’est le seul objectif.