Traçabilité alimentaire : c’est quoi la blockchain ?

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Pour la première fois en Europe, Carrefour va mettre en place un dispositif de traçabilité alimentaire transparent et accessible au public basé sur la blockchain, une technologie très prometteuse.

C’était l’un des thèmes phares du Salon de l’agriculture qui vient de s’achever : l’agriculture connectée devient un peu plus chaque jour une réalité. La preuve avec Carrefour qui a annoncé mardi son intention de rendre plus transparente la traçabilité des denrées alimentaires grâce à la technologie blockchain. Concrètement, il s’agit d’enregistrer toutes les étapes de la production et de la transformation des poulets d’Auvergne vendus par Carrefour et de les stocker dans une base de données accessible facilement pour les consommateurs. Mais au-delà de ce cas particulier, la blockchain possède bien d’autres applications.

Comment ça marche ?

La blockchain (littéralement "chaîne de blocs") est une technologie de stockage autonome et cryptée, inventée en 2008 par le créateur du bitcoin. Dans les faits, c’est donc une sorte de base de données sans contrôle d’une autorité supérieure et dont la sécurité est garantie par des techniques de cryptographie numérique. La base est alimentée par les utilisateurs qui rentrent eux-mêmes les informations qu’ils souhaitent stocker (les blocs).

Chaque bloc de données est daté et connecté à celui produit avant lui dans la même chaîne. Avant de passer à celui d’après, le contenu de chaque bloc doit être contrôlée par les utilisateurs et validé. Une fois ajouté, un bloc de données ne peut être ni modifié ni supprimé. L’ensemble crée donc une chaîne de données datées et inaltérables.

Quel intérêt pour la traçabilité ?

C’est précisément le côté continu de la blockchain qui intéresse les partisans d’une meilleure traçabilité des produits alimentaires. La technologie permet en effet de connaître avec précision toutes les étapes par lesquelles passe une denrée avant d’arriver dans notre assiette. Ainsi, dans le cas du poulet d’Auvergne Carrefour, "le consommateur pourra connaître le lieu et le mode d’élevage, le nom de l’éleveur, l’alimentation reçue (nourri aux céréales et au soja français, sans OGM…), l’absence de traitement (sans antibiotique…), les labels, le lieu d’abattage…", détaille Carrefour. Le tout accessible en flashant un QR code sur l’étiquette.

Pour parvenir à cette transparence, Carrefour se charge de fournir aux producteurs et aux transformateurs concernés un accès à la blockchain, à travers un site et une application. Un simple smartphone suffit à remplir les informations demandées, pas besoin d’avoir une maîtrise en informatique. A terme, Carrefour souhaite étendre l’emploi de la blockchain à huit autres filières "comme les œufs, le fromage, le lait, l’orange, la tomate, le saumon et le steak haché".

Chaque acteur a son propre intérêt dans l’utilisation de la blockchain. Le savoir-faire du producteur est mis en valeur puisqu’une courte vidéo accompagne les informations contenues dans le QR code. Le consommateur bénéficie de son côté d’une transparence accrue, une demande récente et exacerbée par les différents scandales sanitaires (œufs contaminés au fipronil, vidéos chocs dans les abattoirs…). Enfin, Carrefour simplifie sa base de données et se positionne sur le créneau de l’alimentation éthique.

Autrement, la blockchain, à quoi ça sert ?

La technologie blockchain ne se limite pas à la traçabilité alimentaire, loin s’en faut. Aujourd’hui, cette technologie est principalement connue pour supporter le fonctionnement des crypto-monnaies, à commencer par le bitcoin. La blockchain permet de fournir la "preuve de travail", élément qui prouve qu’un ordinateur a cherché à produire du bitcoin et est donc éligible pour en recevoir une fois les opérations de calcul terminées.

Les banques, plutôt méfiantes envers les crypto-monnaies, sont en revanche intéressées par la blockchain. Les grandes banques françaises ont lancé des missions pour explorer la technologie et trouver un moyen de l’exploiter afin de réduire les coûts de transaction. Le secteur de l’assurance est également sur les rangs. Enfin, la traçabilité de la blockchain peut trouver des applications dans le contrôle des données, l’approvisionnement en matières premières ou encore les actes de propriété.

L’autre intérêt de la blockchain est qu’elle permet d’activer les "contrats intelligents", des contrats contenant des clauses qui se déclenchent automatiquement lorsque les conditions d’exécution sont réunies. Plus besoin de l’aval de la chaîne de commande, le contrat se remplit de lui-même autant de fois que nécessaires, ce qui implique un gain de temps et surtout la régularité du paiement. Des possibilités qui intéressent l’industrie musicale : la plateforme Ujo s’appuie sur l’Ethereum (une forme de blockchain) pour numériser les droits d’auteurs des artistes et simplifier le paiement des royalties.