"Malta Files" : enquête de 13 journaux, dont Mediapart, sur "les coulisses d'un paradis fiscal"

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"Malta Files" : enquête de 13 journaux, dont Mediapart, sur "les coulisses d'un paradis fiscal"
De grands patrons français auraient acquis des yachts et les auraient immatriculés à Malte.@ OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP
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Plusieurs médias européens vont publier des milliers de documents confidentiels sur les coulisses de "l'optimisation et de l'évasion fiscales" à Malte.

Treize journaux regroupés au sein du réseau de médias European Investigative Collaborations (EIC) publient à partir de vendredi et pendant deux semaines les "Malta Files", plus de 150.000 documents confidentiels révélant les "coulisses de ce paradis fiscal méconnu", annonce Mediapart. Le site promet une "plongée dans les coulisses de ce paradis fiscal méconnu, qui préside jusqu'au 30 juin l'Union européenne", affirmant que la petite île de 430.000 habitants "prive les autres pays de 2 milliards d'euros de recettes fiscales par an".

Des grands patrons et des multinationales françaises. Selon Mediapart, l'enquête porte sur de "l'optimisation et de l'évasion fiscales, du blanchiment et de la corruption", et se base sur "la liste complète des personnes et entités impliquées dans les 53.247 sociétés immatriculées à Malte". Parmi ces sociétés immatriculées dans l'île, figurent "de grands chefs d'entreprise", de multinationales telles que les groupes "Bouygues, Total, BASF, Ikea", des banques comme "Reyl et JP Morgan", affirme Mediapart. 

Selon le site, de grands patrons français auraient acquis des yachts et les auraient immatriculés à Malte afin de bénéficier d'une "fiscalité attractive", et de "charges sociales très basses qui réduisent le coût de l'équipage". Il cite Jean-François Decaux (JC Decaux), Maurice Ricci (Akka Technologies), Xavier Niel (Iliad-Free), Hubert Martigny (cofondateur d'Altran), Olivier Bertrand (groupe Bertrand) ou Stéphane Courbit (Lov Group).

L'Italie, pays le plus représenté dans les "Malta Files". Outre Mediapart, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, et les journaux portugais Expresso, espagnol El Mundo, italien L'Espresso, belge Le Soir, danois Politiken, maltais Malta Today et le média en ligne roumain The Black Sea figurent parmi ces médias. L'enquête a mobilisé 49 journalistes basés dans 16 pays pendant quatre mois, dont les "révélations" paraîtront durant "deux semaines". 

Selon Der Spiegel, plusieurs groupes allemands détiendraient des sociétés immatriculées à Malte, comme BMW, Deutsche Bank, Puma et Bosch. Le géant de l'aérien Lufthansa possède "18 filiales à Malte", selon l'hebdomadaire, qui écrit que l'entreprise y a installé sa "caisse de retraite". Par ailleurs, le ministre des Finances de l'État régional de Rhénanie du Nord-Westphalie avait déclaré début mai que son administration enquêtait sur quelque 2.000 sociétés fantômes enregistrées dans l'île et suspectées de fraude. Selon L'Espresso, l'Italie est "de très loin" le pays le plus représenté dans les "Malta Files", avec près de 8.000 sociétés maltaises contrôlées par des actionnaires italiens.

Malte rejette l'appellation de "paradis fiscal".
Le gouvernement maltais a rejeté les accusations de "paradis fiscal" contenues dans les "Malta Files". "Nous n'avons rien à ajouter à ce que nous avons déjà dit", a déclaré vendredi un porte-parole du ministère maltais des Finances, qui a passé les dix derniers jours à démentir des accusations similaires formulées par un ministre régional allemand. L'affaire tombe mal à Malte, où le Premier ministre travailliste Joseph Muscat, contesté en raison de l'implication de plusieurs de ses proches, dont son épouse, dans l'affaire des Panama Papers, a convoqué des élections générales anticipées pour le 3 juin.