Privatisations d'ADP, Engie et la Française des jeux : comment l’Etat veut nous impliquer

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Privatisations d'ADP, Engie et la Française des jeux : comment l’Etat veut nous impliquer
L'État va privatiser la Française des jeux.@ JACQUES DEMARTHON / AFP
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L’Etat s’apprête à céder ses parts dans ADP, Engie et la Française des jeux, trois entreprises bien connues des Français. Ça tombe bien : Bercy aimerait que les particuliers achètent plus d’actions.

L’Etat lâche du lest. Le gouvernement a confirmé mardi son intention de céder les participations publiques dans le capital d’Aéroports de Paris (ADP), de la Française des Jeux (FDJ) et d’Engie. Des mesures seront intégrées à la future loi Pacte pour autoriser ces cessions, politiquement sensibles (en particulier pour ADP, groupe stratégique) mais qui doivent rapporter un petit pactole dans les caisses de l’Etat. Bercy n’a pas précisé si l’Etat vendrait l’intégralité ou seulement une partie de ses parts et n’a pas fixé d’objectif financier. En revanche, l’exécutif souhaite que les particuliers puissent investir dans ces entreprises.

Une part du capital réservée aux particuliers. C’est une des marottes d’Emmanuel Macron depuis sa prise de fonction : faire en sorte que les Français prennent leur place dans le développement économique du pays. Une des solutions régulièrement évoquées à Bercy n’est autre que l’actionnariat individuel. Déjà bien occupé sur le plan économique depuis le début du quinquennat (réformes du code du travail, de l’assurance chômage, de la formation professionnelle, etc.), le gouvernement veut saisir l’opportunité de ces privatisations pour pousser sa vision de l’actionnariat individuel.

"C'est un point essentiel. Le président de la République souhaite développer un véritable actionnariat populaire", confirme Bruno Le Maire au quotidien Les Échos, mercredi. "C'est pourquoi nous permettrons aux Français de devenir actionnaires et une part du capital [d’ADP, de la FDJ et d’Engie, ndlr] leur sera réservée. Le développement de l'actionnariat salarié sera également un axe important de la loi Pacte", précise le ministre de l’Économie.

Actionnariat moins populaire qu’avant. Le gouvernement part de loin. Le nombre d’actionnaires a drastiquement chuté ces dernières années. Alors que 7,1 millions de Français détenaient directement des actions en 2003 et qu’ils étaient encore 6,7 millions en 2008, la crise a fait des ravages : on ne comptait plus que trois millions d’actionnaires individuels en 2016, chiffre qui a rebondi en 2017 à 3,7 millions grâce à la bonne santé économique tricolore. L’absence de réelles privatisations, remplacées par des cessions au compte-goutte des parts de l’Etat dans des entreprises comme EADS et Safran, n’ont pas aidé à rendre l’actionnariat populaire.

Stabilité et incitation fiscale. Face à l’instabilité économique, l’épargne des Français s’est réfugiée dans les produits de placements sûrs, comme le Livret A et l’assurance-vie, avec à la clé, un taux d’épargne national parmi les plus élevés d’Europe (autour de 15% du revenu disponible est épargné). Dans une interview accordée à l’hebdomadaire Le Revenu en décembre, Bruno Le Maire avait dit "regretter cette évolution" et pointait du doigt "l’instabilité fiscale permanente". "Quand vous investissiez dans une entreprise, vous ne saviez pas à quelle sauce vous alliez être mangés", dénonçait le ministre.

Sur ce point, le gouvernement a déjà abattu ses cartes en instaurant, dans le cadre du budget 2018, un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur les revenus du capital. Cette "flat tax" (même taux pour tout le monde) se substitue aux précédentes taxes sur le capital et favorise les particuliers qui investissent dans les entreprises. C’est cette même logique qui a poussé le gouvernement à flécher l’épargne des particuliers vers des produits destinés à financer les entreprises. Et si les PME sont la priorité de Bercy, les privatisations d’ADP, de la FDJ et d’Engie, trois entreprises bien connues des Français, offrent un coup de pub bienvenu pour l’actionnariat individuel.

Perdre un jour pour gagner le lendemain (et inversement). Pour attirer les Français, l’Etat devra quand même sortir un sacré numéro de charme. Comme le rappelle Les Échos, les particuliers qui ont investi sur le long terme dans les années 1990-2000 ont plus perdu que gagné. "Plus de vingt ans après son introduction en Bourse, l'action Orange cote encore à près de 50% en dessous de sa valeur lors de son introduction. Idem pour les actionnaires de Gaz de France (devenu Engie), qui a perdu 40 % de sa valeur depuis juillet 2005. Quant aux actionnaires d'EDF, la pilule est encore plus dure à avaler avec un cours quasiment divisé par trois depuis décembre 2007", souligne le quotidien économique.

Mais acheter des actions d’une entreprise n’est heureusement pas toujours une mauvaise opération. Ainsi, les particuliers qui ont acheté des parts de BNP Paribas en 1993 et les ont gardé jusqu’à aujourd’hui ont fait une plus-value de 200% (250% pour TF1 et 122% pour la Société Générale depuis 1987). Il va donc falloir convaincre les Français, traditionnellement frileux en termes de placement, de prendre des risques, quitte à perdre un jour pour gagner le lendemain.