Réforme de la SNCF : l'exécutif lance la concertation, les syndicats posent leur ligne rouge

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Les présidents des différentes composantes de la SNCF, les syndicats représentatifs du groupe et des représentants des usagers vont être reçus à Matignon toute la semaine pour débattre de l'avenir du service ferroviaire.

Après le choc du rapport Spinetta, voici venu le temps de l'écoute. Le gouvernement lance lundi une concertation avec tous les acteurs concernés par la réforme ferroviaire. Edouard Philippe reçoit dans la matinée la direction de la SNCF à Matignon. Elisabeth Borne, de son côté, prendra le relais un peu plus tard dans la journée en recevant les quatre syndicats représentatifs de cheminots (Unsa, CFDT, Sud Rail et CGT). Dans les jours qui suivent, des rencontres sont programmées avec les autres protagonistes : régions, associations d'usagers, agence de régulation, etc. Cette semaine de consultation permettra au gouvernement d'arrêter, le lundi 26 février, la méthode et le calendrier de la réforme. À partir de ce moment-là, les discussions pourront entrer dans le dur.

"Tous les sujets sont sur la table"

Cette semaine de concertation doit donc permettre au gouvernement de prendre le pouls de tous les protagonistes. Mais le cap est d'ores et déjà clairement affiché. Le statu quo n'est pas possible, a affirmé dimanche Elisabeth Borne dans Le Journal du Dimanche". "Nous n'avons pas d'a priori, tous les sujets sont sur la table en toute transparence", a-t-elle déclaré, que ce soit sur le statut des cheminots, ou que ce soit sur l'ouverture à la concurrence. "Il faudra aller vers une ouverture progressive et préparée. La pire des choses, prévient-elle, serait d'attendre la dernière minute, c'est à dire 2020 pour les TGV et 2023 pour les TER.

La ministre des Transports a quand même pris soin d'adresser quelques signaux aux syndicats et aux régions pour essayer de déminer le sujet en amont. Elle reconnait par exemple qu'il y a des "éléments essentiels" dans le statut des cheminots. Eléments que les cheminots garderont s'ils sont amenés à rejoindre un autre opérateur que la SNCF. Pour rappel, actuellement ce statut assure une garantie de l’emploi, une grille des salaires, des horaires spécifiques ainsi qu’un régime spécial de retraite avec un départ à 52 ans pour les conducteurs et à 57 ans pour les autres. Quant aux régions qui s'inquiètent de la fermeture possible des petites lignes, Elisabeth Borne affirme que le sujet sera traité au cas par cas, et que tout ne sera pas décidé à Paris.

Le statut des cheminots, un totem pour les syndicats

Les syndicats ont lu et relu cet entretien de la ministre. "Notre intention n'est pas d'être reçu pour la forme mais de discuter du fond", avertit Roger Dillenseger, secrétaire général de l'Unsa-Ferroviaire. "Il est évident que mettre en contradiction la dette du ferroviaire, issue notamment des investissements sur les lignes à grande vitesse, avec les conditions sociales et le statut de cheminot est pour nous une ligne rouge quasiment infranchissable", avertit le syndicaliste.

Pour Paul, conducteur sur le réseau transilien, la remise en cause du statut risque de décourager des vocations. "Conduire jusqu'à 65 ans, en horaires de nuit, les week-ends et pour 1.285 euros brut quand on commence... Comment voulez-vous que les gens soient motivés ?", pointe-il. Son collègue Julien, du haut de ses vingt ans d'expérience, agite le risque d'une rupture de l'égalité entre les salariés avec une conséquence directe sur le respect des règles de sécurité : "Attention à ces jeunes embauchés. Quelles vont être leurs règles de travail ? Seront-elles les mêmes que pour nous ? Je ne pense pas. C'est ce qui nous fait peur. On se demande si dans un avenir proche on pourra toujours emmener les gens dans les conditions de sécurité que l'on a pu connaitre jusqu'à l'heure actuelle".

La ministre des Transports a beau admettre qu'il y a dans ce statut des éléments essentiels qui pourraient être sanctuarisés, Bruno Poncet, de Sud-Rail n'attend "rien de constructif" des rencontres prévues lundi. "Parce qu'à part nous dire qu'il faut légiférer car l'entreprise est à 50 milliards de dettes et que c'est la faute du statut des cheminots, on ne s'attend pas à des miracles, et surtout pas à du dialogue sociale", déplore-t-il. Pour l'instant, seule la CGT a lancé un appel à la mobilisation, pour le 22 mars. Les autres syndicats doivent en débattre et arrêter une position jeudi soir.