Laurent Berger : "la page de la réforme du travail n'est pas tournée"

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Le secrétaire général de la CFDT assure au micro d'Europe 1 que le combat contre les ordonnances travail n'est pas terminé et réclame au président une vraie politique sociale.

INTERVIEW

Avant de rencontrer Emmanuel Macron vendredi matin pour parler des réformes de l'assurance-chômage, de la formation professionnelle et de l'apprentissage, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a assuré, sur Europe 1, que la contestation des ordonnances réformant le code du travail n'est pas finie. "Il n'y a aucune page qui est tournée. Je dirai au président que l'ambiance au sein des salariés est un peu lourde. Un certain nombre de décisions ont été prises au début de l'été et elles tombent toujours du mauvais côté, avec la baisse des APL, la baisse des contrats aidés et donc certains points des ordonnances", a dit Laurent Berger, invité de la matinale avec Patrick Cohen.

"Des pratiques des gouvernants qui ont choqué". "Nous avons besoin d'une politique sociale assumée avec plus de sécurité pour les salariés et les chômeurs. Emmanuel Macron a été élue face au Front national. Il y avait une attente d'une forme de bienveillance, d'une politique de cohésion sociale. Ça n'a pas été dans ce sens là", regrette Laurent Berger. Le leader de la CFDT adresse également un tacle au président, après sa petite phrase sur les salariés "qui foutent le bordel" : "Il y a eu des pratiques des gouvernants qui ont pu choquer les salariés. La politique menée depuis le début est inquiétante".

Reste que la CFDT n'a pas appelé à la mobilisation lors des journées d'action contre les ordonnances. Un choix assumé par Laurent Berger, pour qui mobilisation ne rime pas qu'avec manifestation. "La mobilisation, c'est tous les jours dans les entreprises. Ça pèse sur le quotidien des salariés et c'est plus important encore que de peser sur le gouvernement", dit-il. "Du reste, nous avons pesé tout l'été pour que le gouvernement ne franchisse pas un certain nombre de lignes jaunes", ajoute le leader syndical.

Entendu sur Europe 1
Il faut que les plateformes comme Uber cotisent pour le droit à l'assurance-chômage

Pas touche à la gestion paritaire. A l'heure d'attaquer les prochaines réformes sociales, la CFDT reste donc vigilante. A l'image de certains de ses homologues syndicalistes, Laurent Berger réclame des "réunions multilatérales" pour négocier la question de l'assurance-chômage : "C'est un système géré paritairement par les syndicats et le patronat. Cela me semble normal que l'on pose des diagnostics ensemble". Quant à la volonté de l'État de reprendre en main la gestion de l'assurance-chômage, le secrétaire général de la CFDT se montre plus que sceptique. "Les partenaires sociaux ont fait la preuve de leur responsabilité dans l'indemnisation des demandeurs d'emploi. On a pris en compte les nouvelles situations liées à la précarité. Je ne veux pas qu'on balaye ça d'un revers de main avec l'État qui viendrait tout gérer. Je veux que nous gardions un rôle dans la fixation des règles d'assurance-chômage", martèle Laurent Berger.

Faire payer les plateformes comme Uber. Autre point clé de la réforme de l'assurance-chômage : l'extension aux indépendants et aux démissionnaires. "Concernant les indépendants, sur le principe je suis d'accord. Dans ce cas, il faut faire payer les plateformes comme Uber et Deliveroo, qu'elles cotisent pour le droit à l'assurance-chômage des personnes qu'elle font travailler", prévient Laurent Berger. Pour les démissionnaires, il juge que "la proposition est intéressante". "Mais il va falloir qu'on fixe des règles. Si on a plus de gens indemnisés mais moins bien indemnisés, ce n'est pas possible. Je tiens mordicus à ce qu'il n'y ait pas de remise en cause des droits et du montant des indemnisation chômage."

Lors de son rendez-vous avec Emmanuel Macron, le leader de la CFDT compte également faire des propositions sur l'apprentissage, en demandant un effort supplémentaire aux patrons. "Ça fait deux ans qu'on a réglé tous les problèmes dits 'insurmontables' par les entreprises (financement, cadre juridique...). Mais depuis, on a rien vu venir de la part des employeurs. Il y a une responsabilité du patronat pour impulser une vraie politique de prise en charge de l'apprentissage", réclame Laurent Berger. Enfin, sur la formation professionnelle, "il faudra un dispositif d'accompagnement des salariés pendant leur parcours, notamment les moins qualifiés".

Retrouvez l'intégralité de l'interview de Laurent Berger :