La RATP face aux soupçons de dérives religieuses

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La RATP face aux soupçons de dérives religieuses
@ LOIC VENANCE / AFP
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Accusée d’abriter dans ses rangs des employés s’étant radicalisés religieusement, la compagnie de transport a réagi.

Quelques jours après la nouvelle vague d’attentats qui a ensanglanté Paris, on commence à en savoir plus sur les auteurs de ces attaques. Or l’un d’eux, Samy Amimour, a travaillé dans une entreprise plus que sensible : la RATP, qui gère les transports en commun de l’agglomération parisienne. Les questions sur la gestion des questions religieuses au sein de l’entreprise n’ont pas tardé à fuser, certains dénonçant la radicalisation religieuse de certains employés.

Un terroriste ancien chauffeur de bus. Dès samedi, les enquêteurs ont identifié Samy Amimour, âgé de 28 ans et originaire de Drancy, comme l’un des membres du commando terroriste qui a attaqué le Bataclan. En dressant son portrait, ces derniers se sont rapidement arrêtés sur une étape de sa courte vie : son passage pendant 15 mois, de 2011 à octobre 2012, à la RATP en tant que chauffeur de bus. Un poste tout sauf anodin lorsqu’on sait que les transports en commun sont l’une des cibles privilégiées du terrorisme : Al-Qaïda a ciblé des autocars à Londres en 2005 et l’équivalent espagnol du RER en 2004 à Madrid.

Comment la RATP contrôle-t-elle ses employés ? Au moment de son embauche, Samy Amimour n’avait visiblement pas encore sombré dans l’islamisme. Et même si cela avait été le cas, la RATP aurait difficilement pu le savoir. Comme tous les employeurs, cette dernière ne peut obtenir qu’un extrait de casier judiciaire des personnes qu’elle embauche. Et si ces deniers font l’objet d’une fiche S, un outil qui permet aux autorités de signaler des individus qu’elles jugent potentiellement dangereux, l’employeur n’a aucun moyen de le savoir. "Concernant les ‘fiches S’, la RATP n’a, comme tout employeur, aucun moyen de savoir si ses agents sont concernés par ce type de fiche, puisqu’elles ne sont, en aucun cas, communiquées aux entreprises", a tenu à souligner la compagnie mardi.

Pour éviter les dérives, la RATP a néanmoins inséré dans tous les contrats de travail une clause de laïcité et élaboré une charte de la laïcité. En signant leur contrat, les agents de la RATP s’engagent donc à respecter une ligne de conduite neutre : "vous vous engagez à proscrire toute attitude ou port de signe ostentatoire pouvant révéler une appartenance à une religion ou à une philosophie quelconque", précise la charte interne.

Des incidents qui se multiplient. Malgré l’élaboration d’une règle claire, les incidents se multiplient depuis quelques années au sein de la RATP : des employés qui refusent de serrer la main de leurs collègues femmes ou de prendre le volant d’un véhicule conduit auparavant par une femme. "Je n’arrête pas d’envoyer des courriers depuis 2012. J’avais commencé à signaler la radicalisation de certains de mes collègues. (…) Il n’y a eu aucune mesure, il ne s’est rien passé", a affirmé Ghislaine, chauffeure de bus à la RATP, mardi sur Europe 1.


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Des dérives confirmées par Christophe Salmon, secrétaire général de la CFDT-RATP. "Les comportements les plus fréquents, ce sont surtout les refus de serrer les mains de collègues féminins. C’est triste d’en arriver là entre collègues qui ont le même employeur. Quand vous arrivez en face d’un collègue qui refuse de vous serrer la main, je me mets à la place de l’agent féminin, c’est déplorable", a-t-il déclaré sur Europe 1, avant d’ajouter : "Je suis rentré à la RATP en 1991, il n’y avait pas cela à l’époque". Son organisation syndicale a tiré la sonnette d’alarme en 2012.


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La direction de la RATP ne recense aucun dérapage. Pourtant, dans son communiqué publié mardi, la patronne de la RATP souligne "que depuis son arrivée en mai 2015, aucun fait susceptible d’être sanctionné ne lui a été signalé". "Tout comportement qui serait non-conforme au principe de laïcité doit être signalé à la direction de l’entreprise et fera l’objet d’une sanction", ajoute-t-elle.

Comment expliquer des constats si différents entre la base et la direction de l’entreprise ? Pour Christophe Salmon, c’est d’abord parce que peu de cas remontent jusqu’en haut de la hiérarchie : "quand les agents appellent la Cfdt RATP pour signaler un cas, on essaie déjà de gérer cela en interne, dans le dépôt. Sur certains secteurs de l’entreprise, la CFDT est également intervenu pour que la laïcité soit appliquée".

La direction pourrait également recenser tous les cas où un bus ou un tram partent du dépôt en retard, ce qui signifie la plupart du temps qu’il y a eu un incident en interne. Mais là aussi, toutes les informations ne remontent pas parce que ce genre d’incident est rare : il y a presque toujours quelqu’un pour remplacer le chauffeur récalcitrant, assure-t-on à la CFDT.

Quelles solutions pour améliorer le contrôle ? La patronne de la RATP a d’abord tenu à répondre à ceux qui établissent un lien douteux entre ces dérives religieuses et le fait que l’entreprise embauche dans les quartiers populaires. "Il faut faire très attention à tous les amalgames qu'on peut entendre", a d'abord répondu la patronne de la RATP, rappelant que l'entreprise était "un des premiers employeurs d'Ile-de-France" et qu'"elle recrute à l'image des quartiers qu'elle dessert".

Elisabeth Borne s’est ensuite déclaré ouverte à de nouvelles procédures pour contrôler le passé de certains employés. "Pour renforcer les contrôles pour certains métiers du secteur du transport ou dans certaines zones sensibles, l’entreprise est favorable aux dispositions actuellement à l’étude qui envisagent une procédure d’habilitation à l’exemple de ce qui existe sur les plateformes aéroportuaires", précise le communiqué.