Ce qu'il faut retenir de la mobilisation contre la politique sociale de Macron

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Ce qu'il faut retenir de la mobilisation contre la politique sociale de Macron
La manifestation parisienne a réuni quelque 21.500 participants mardi.@ Thomas SAMSON / AFP
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Lycéens, étudiants, salariés, fonctionnaires et retraités ont manifesté mardi partout en France, pour la première fois depuis la rentrée. Avec un bilan assez mitigé.

L'ESSENTIEL

L'échec des précédentes journées d'action n'a pas refroidi les syndicats. À l'initiative de la CGT et de FO notamment, salariés, étudiants, lycéens, fonctionnaires et retraités ont battu le pavé, mardi dans toute la France, contre la politique "idéologique" du gouvernement. Solidaires (Sud), mais aussi les étudiants de l'Unef et les lycéens de l'UNL et de la FIDL s'étaient également joints au mouvement, tout comme neuf organisations de retraités, dans la rue pour dénoncer la sous-indexation de leurs pensions par rapport à l'inflation.

Environ 21.500 personnes ont manifesté à Paris, selon le comptage réalisé par le cabinet Occurrence, pour un collectif de médias dont Europe 1 fait partie. Soit plus du double que lors du dernier rendez-vous syndical, le 28 juin. Mais deux fois moins que le 5 mai dernier, par exemple. Au niveau national, entre 160.000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur, et "presque 300.000", selon la CGT, ont manifesté mardi. 

Les infos à retenir :

  • En France, 160.000 personnes ont manifesté mardi selon le ministère de l'Intérieur, tandis que la CGT a décompté 300.000 manifestants

  • À Paris, quelque 21.500 personnes ont battu le pavé, selon les chiffres du cabinet Occurrence pour un collectif de médias

  • Si le trafic ferroviaire a peu ou prou été impacté, la faculté de Tolbiac a quant à elle été bloquée quelques heures dans la matinée

Douzième manifestation en un an et demi. Depuis l'élection d'Emmanuel Macron en mai 2017, c'est la douzième fois que la CGT appelait à la mobilisation. Cette fois, la centrale de la porte de Montreuil entendait faire entendre sa voix face à "la politique de destruction de notre modèle social qui est à l'œuvre, favorisant les inégalités et la casse des droits collectifs". L'organisation dirigée par Philippe Martinez n'était cependant pas seule dans cette démarche : comme en juin dernier, elle défilait notamment aux côtés de Force ouvrière.

Entre 160.000 et 300.000 manifestants en France. Selon le ministère de l'Intérieur, 160.000 personnes ont manifesté partout en France mardi, tandis que la CGT a décompté "presque 300.000" manifestants, jugeant "la mobilisation réussie". À Paris, le cortège a réuni 11.500 (contre 2.900 le 28 juin dernier) personnes selon la préfecture de police, quand la CGT en a dénombré 50.000 (15.000 selon les syndicats en juin). Le comptage du cabinet Occurrence, réalisé pour un collectif de médias dont Europe 1 fait partie, a quant à lui recensé 21.500 participants dans la capitale, pour un bilan en demi-teinte, donc.

Les chiffres des derniers rassemblements à Paris (selon le cabinet Occurrence) :

26 mai : 31.700 participants

22 mai : 16.400

5 mai : 38.900

19 avril : 15.300

22 mars : 47.800

"On ne se plaint pas, on se révolte". Parmi les slogans de cette manifestation, on pouvait lire "En retraite mais pas en retrait", "Chacun cherche son pouvoir d'achat" ou encore "On ne se plaint pas, on se révolte". Dans le carré de tête, les leaders syndicaux portaient une pancarte sur laquelle était inscrit "Mobilisés pour un libre accès à l'éducation, l'emploi, les services publics, la retraite par répartition".

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© Thomas SAMSON / AFP

Très légers heurts. Jeunes, lycéens, quinquas d'Attac déguisés en gaulois réfractaires, jeunes syndiqués... Un mélange assez divers était aussi présent derrière les banderoles, où s'étaient aussi massées plusieurs dizaines d'autonomes, de noir vêtus et casques sur la tête, dont certains criaient des slogans anticapitalistes ou "cassez-vous, bande de Benalla !". Des projectiles ont été brièvement jetés contre les CRS, qui ont répliqué avec des gaz lacrymogènes. Un manifestant et un policier ont été blessés, et neuf personnes ont été interpellées à Paris, 16 dans toute la France au total. 

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© Alain JOCARD / AFP

Assez faible mobilisation en régions. Ailleurs, 40.000 personnes étaient rassemblées à Marseille selon la CGT, 5.300 selon la police, qui dénombrait aussi 5.400 manifestants à Nantes, 4.300 à Lyon, 3.700 à Toulouse, 3.500 au Havre, 3.300 à Lille, entre 2.500 et 3.000 à Rennes, 2.500 à Grenoble, 2.100 à Caen, 1.800 à Montpellier, 1.500 à Nice ou 1.200 à Perpignan. 

Peu de perturbations dans les transports. L'impact a en tout cas été "quasi-nul" sur le trafic ferroviaire, avec seulement "des perturbations mineures en Midi-Pyrénées, en Occitanie et en Aquitaine". Le trafic à la RATP était quant à lui "normal", bien qu'aucun transport en commun ne circulait à Nice.

La fac de Tolbiac bloquée quelques heures. Lieu emblématique de la mobilisation contre la loi sur les nouvelles modalités d'entrée à la fac au printemps dernier, le site de Tolbiac (Paris-1) a lui été temporairement bloqué dans la matinée par une vingtaine de personnes, entre 7h30 à 10 heures. Pendant ce blocage, une étudiante a été blessée et "a été évacuée par les pompiers. Elle est maintenant sortie de l'hôpital", a indiqué l'université en milieu de matinée. Et l'établissement de préciser que le blocage a notamment pris fin sous la pression de certains étudiants.

Désunion syndicale. Les syndicats avaient d'ailleurs pris soin, ces derniers jours, de rester prudents quant à l'ampleur du mouvement. Sur Europe 1, Pascal Pavageau, avait assuré mardi matin qu'il n'attendait "rien du tout en termes de nombre" mais "un mouvement significatif", le secrétaire général de FO dénonçant également la "vision sans valeurs républicaines" d'Emmanuel Macron. Le front syndical apparaissait d'ailleurs désuni à l'occasion de cette nouvelle mobilisation : la FSU, traditionnelle alliée de la CGT, n'avait pas appelé à manifester, pas plus que la CFDT, la CFE-CGC ou la CFTC. Les organisations syndicales doivent avancer des "propositions innovantes" plutôt que d'organiser des manifestations aux "relents politiques", avait notamment justifié lundi le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger.

Les syndicats espèrent désormais d'autres mobilisations, afin de peser sur les négociations ou réformes sociales en préparation, comme celles des retraites ou de l'assurance chômage. Mais en se gardant d'évoquer une nouvelle date.

Depuis le 22 mars, en plus des chiffres de la police et des organisateurs, un collectif de médias, dont Europe 1 fait partie, publie son propre comptage des manifestants, réalisé par le cabinet Occurrence.