Crise du porc : la cotation reprend mais...

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AGRICULTURE - La cotation au marché du porc breton, suspendue depuis le 10 août, a repris mardi. Mais toujours sans les deux principaux acheteurs de la filière, Cooperl et Bigard, qui refusent d'augmenter les tarifs. Le prix de référence national s'est établi à 1,389 euros.

La crise porcine est loin d'être réglée mais les éleveurs bretons peuvent à nouveau vendre leurs animaux. La cotation au marché du porc breton (MPB) a en effet repris mardi en milieu de journée, après une semaine de fermeture provoquée par le boycott des deux principaux acheteurs de la filière, Cooperl et Bigard. Deux poids lourds qui refusent toujours d'augmenter leurs prix d'achat et n'ont pas participé à la table ronde organisée lundi par le ministère de l'Agriculture.

Les principales informations du jour à retenir :

  • Le marché de Plérin a rouvert après une semaine de fermeture forcée
  • Le prix du kilo de porc n'est pas pour autant passé au-dessus de la barre symbolique des 1,40 €/kg
  • La Cooperl refuse toujours de revenir sur ce marché
  • L'autre poids lourd du secteur, Bigard, a rendez-vous au ministère de l'Agriculture mercredi

Rouverture du marché de Plérin. Vivement réclamée par des éleveurs qui peinent à gérer leurs stocks d'animaux invendus, la reprise des cotations a débuté peu avant 12h30. Le marché de Plérin est en effet stratégique : s'il ne représente que 15% des ventes de porcs hebdomadaires, il sert de référence pour fixer le prix du kilo de porc au niveau national.

Le "prix d'arrêt" (prix plancher) en dessous duquel les ventes ne descendront pas, a été fixé à 1,371, ont indiqué les autorités de ce marché, peu avant que ne débute la séance. A l'issue de cette cotation, le nouveau prix de référence a finalement été fixé à 1,389 euro. C'est-à-dire en dessous des 1,40 euro décrété lors des tables rondes précédentes. Le prix de vente actuel pose donc toujours problème aux éleveurs.

Mais sans les deux principaux acheteurs. Comme prévu, Bigard et Cooperl n'ont pas participé à cette cotation. "C'est une très grande faute de leur part" car "ils ont signé la convention de marché" et ils ont "un contrat moral avec les éleveurs", a déclaré le président du MPB Daniel Picart peu avant la reprise de la cotation. "Nous allons tenir un marché normal" mais "il va nous rester des invendus" et "nous n'avons pas de solution pour eux", a-t-il ajouté. Et pour cause : quelques 62.000 porcs devaient être proposés à la vente pour la séance de cotation de mardi : près de 50.000 non vendus le jeudi précédent et 12.000 le lundi 10 août.

Cooperl va "discuter" avant de revenir sur le marché. L'entreprise, qui a refusé de participer à la table ronde organisée lundi par le ministère de l'Agriculture, a rencontré le ministre mardi. Et elle n'a pas changé d'avis : elle ne compte toujours pas revenir au marché de Plérin. "Notre retour au marché se discutera dans le cadre de relations normales qu'on doit avoir avec le marché au cadran (...). On attend de son président une convocation ou plutôt invitation (...). Nous ne reviendrons pas tant que les discussions au marché n'auront pas eu lieu et qu'on ne sera pas tombés (d')accord. Mais je ne désespère pas", a déclaré son président, Patrice Drillet. La direction du groupe Bigard se rend au ministère mercredi.

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Pourquoi Cooperl et Bigard refusent-ils de participer à ce marché ? Ils savent qu'ils sont attendus au tournant pour vérifier s'ils respectent la promesse de toute la filière de ne pas acheter de porc en-dessous des 1,40 euro le kilo. Un prix qui a été décidé en juin dernier, après un nouveau mouvement de grogne des éleveurs. Sauf que si les éleveurs estiment ne pouvoir survivre qu'à partir de 1,40 euro le kilo, les abattoirs et les industriels jugent ce tarif trop élevé pour eux. Surtout quand le porc espagnol et allemand se vendent à 1,26 et 1,38 euro le kilo. Les points de vue de chacun sont donc difficilement conciliables, surtout lorsqu'on sait que l'Organisation Nationale des Eleveurs de Porcs réclame un tarif de 1,60 euro le kilo.

Le gouvernement veut porter le débat au niveau européen. Censé être une solution temporaire permettant aux éleveurs de traverser une phase difficile, la mise en place d'un tarif plancher a donc viré au bras-de-fer. Une crise dont il est aujourd'hui difficile de sortir : les éleveurs refusent d'être payés mois de 1,40 €/kg mais prennent le risque que les acheteurs se détournent un peu plus du porc français pour aller s'alimenter à l'étranger.

Le gouvernement a donc décidé de faire monter ce dossier jusqu'au niveau européen, d'autant plus que les voisins sont accusés par les éleveurs français de faire du dumping social. Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a donc annoncé lundi soir que le gouvernement allait désormais tenter d'agir au niveau de l'UE. Il prépare d'abord le Conseil européen extraordinaire de l'agriculture sur la crise de l'élevage qui aura lieu le 7 septembre. Il s'entretiendra mardi au téléphone avec le Commissaire européen et se rendra à Madrid la semaine prochaine pour un sommet réunissant l'Espagne, l'Italie, le Portugal et la France. Enfin le 31 août il se rendra à un sommet du "groupe de Weimar" à Berlin avec ses collègues allemand et polonais, et "aura à cette occasion à évoquer le sujet de l'embargo russe sur lequel on doit trouver des solutions".