Comment le coaching sportif aide les malades du cancer

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Comment le coaching sportif aide les malades du cancer
Les méthodes des coachs sportifs permettent aux patients de reprendre confiance en eux et de développer de nouveaux projets.@ AFP
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À Marseille, l’institut Paoli-Calmettes s’appuie sur les méthodes des coachs sportifs de haut niveau, comme Claude Onesta, pour offrir un accompagnement psychologique aux malades du cancer.

Ceux qui l’ont vécu peuvent en témoigner : il y a un avant et un après cancer. Bien souvent, la maladie laisse pour le patient des traces psychologiques difficiles à surmonter. À Marseille, l’Institut Paoli-Calmettes (IPC), spécialisé dans la prise en charge globale du cancer, explore depuis le printemps 2016 une toute nouvelle piste de suivi des malades. Le programme Rebond, bâti avec des entraîneurs de haut niveau, s’appuie en effet sur le coaching sportif pour aider à dépasser le traumatisme. Et à se dépasser soi-même.

"Tu as les moyens en toi de le faire". Chef du département onco-hématologie à l’IPC, le professeur Didier Blaise est souvent confronté à des patients démoralisés malgré leur guérison. "Si on imagine le dialogue, ça donne : - ‘qu’est-ce que tu aimerais faire ?’ – ‘J’aimerais bien faire ça mais quand même, j’ai été malade…’. – ‘On s’en fout de ta maladie, le docteur a dit que tu étais guéri ! Tu veux faire du sport ? Pourquoi tu n’en ferais pas ?’ On lui dit simplement ‘tu as les moyens en toi de le faire’ . Comme pour un sportif", explique-t-il. "C’est l’hypothèse de départ de notre recherche : trouver chez chacun des patients les déclics qui vont lui faire reprendre confiance en lui-même."

Pour cela, l’expérience s’appuie sur le savoir-faire d’entraîneurs de haut niveau. Le professeur Pierre Dantin, directeur du laboratoire Sport management, gouvernance et performance d’Aix-Marseille Université (AMU), travaille ainsi en collaboration avec le sélectionneur de l’équipe de France de basket Vincent Collet, l’entraîneur en chef de la natation tricolore Romain Barnier ou encore le manager général de l’équipe de France de handball Claude Onesta.

"L’aspect mental, on s’est toujours appuyé dessus pour gagner des médailles". "Ça me travaillait depuis longtemps", confie le récent champion du monde avec les "Experts", joint par Europe1.fr. "L’aspect mental, on s’est toujours appuyé dessus pour gagner des médailles, mais il y a un moment où les médailles ne suffisent plus. On se dit ‘à quoi ça sert’ ? Comment se rendre utile ?", raconte-t-il.

"Ni gourou, ni médecin", Claude Onesta, comme les autres coachs, n’intervient pas directement auprès des malades. Son rôle se limite à former des intervenants et à transmettre son expérience au personnel soignant. Et de l’expérience, l’Albigeois en a à revendre, notamment dans le domaine psychologique. "On a l’impression de l’extérieur que les sportifs sont toujours en pleine réussite, en pleine santé, en pleine confiance. C’est plus complexe que ça. Il y a des blessures, des baisses de performance… la psychologie est très importante, même si, quand un sportif joue une compétition, un patient joue sa vie", relève-t-il.

Comme dans le sport, il y a alors deux possibilités : se laisser couler ou au contraire rebondir.

"Se laisser couler ou rebondir". Après cette véritable guerre qu'est la lutte contre la maladie, les patients se retrouvent bien souvent démunis à l'arrêt du traitement : le corps et l’esprit lâchent prise, et la peur de rechuter n'est jamais loin. "Souvent, quand le patient va mieux, le médecin n’a plus le temps de s’en occuper. On se sent seul, abandonné et, encore terrifié par la maladie, on a du mal à se dire que ça va aller mieux. Comme dans le sport, il y a alors deux possibilités : se laisser couler ou au contraire rebondir", continue Claude Onesta. 

"J’ai réussi à reprendre confiance en moi". Carole, 47 ans, soignée pour une leucémie et amputée d’une jambe, a justement choisi de rebondir. Après seulement quelques séances, cette mère de famille de quatre enfants est sortie comme reprogrammée, alors qu’elle se cantonnait à rester chez elle, sans activité ni objectif. "Je me suis rendu compte que je n’avais pas envisagé mon avenir, et que là on me disait en face : ‘qu’est-ce que vous allez faire après ?’. On a travaillé ensemble, défini des objectifs. Ça fait très sportif : on va tous les jours entrainement, pour réaliser au fur et à mesure qu’on peut aller plus loin", souligne-t-elle, plus en forme que jamais. "En trois quatre mois, j’ai réussi à reprendre confiance en moi."

Un diplôme universitaire à la rentrée. À la faveur de ces retours très positifs, l’IPC a d’ailleurs lancé une étude de trois ans sur une centaine de volontaires. La faculté de médecine de Marseille, partenaire du projet, créera quant à elle un diplôme "d’oncocoaching" à la rentrée 2017. Carole, elle, fourmille de projets. Dont celui de devenir coach à son tour pour relancer dans leur nouvelle vie les anciens malades du cancer.