Combien gagne un rugbyman professionnel ?

  • A
  • A
Combien gagne un rugbyman professionnel ?
Thierry Dusautoir (au centre de l'image, avec le ballon) gagne 525.000 euros par an au Stade Toulousain. @ LOIC VENANCE / AFP
Partagez sur :

OVALIE - MONEY MONEY - Le lancement de la Coupe du monde de rugby est l’occasion de se pencher sur l’économie de ce sport. Et notamment sur les rémunérations des joueurs.

Amateurs de caramels, de fourchettes, de chandelles et autres cravates, vous avez rendez-vous au Royaume-Uni du 18 septembre au 31 octobre. La perfide Albion accueille la huitième Coupe du monde de rugby, une compétition dont les favoris sont, comme souvent, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud et, dans une moindre mesure, l’Angleterre, le Pays de Galles et pourquoi pas la France.  Si les Bleus arrivaient à décrocher le Graal, ils empocheraient 180.000 euros de prime par joueur. Mais que représente cette somme pour un joueur de rugby ? Zoom sur les rémunérations des joueurs évoluant dans le TOP 14 et sur le big bang salarial observé depuis une décennie.

Un salaire moyen de 12.700 euros nets par mois. Il n’existe pas de chiffre officiel en ce qui concerne les rémunérations des joueurs professionnels de rugby. Interrogées par Europe 1, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) et la Fédération française de rugby (FFR) nous ont à chaque fois renvoyés vers le dernier rapport de la Direction nationale d’aide et de contrôle de gestion (DNACG), le gendarme financier du rugby.

Si ce document n’indique pas la rémunération moyenne d’un joueur, il fournit assez d’éléments pour le calculer en partant du principe qu’un club du Top 14 compte en moyenne 35 joueurs. Résultat, avec une masse salariale brute de 7,4 millions d’euros en moyenne lors de la saison 2013/2014, un club dépense en moyenne 212.000 euros par joueur et par an. De manière plus concrète, un joueur de l’élite gagne en moyenne 17.3645 euros bruts par mois, soit près de 12.700 euros nets.

18.09.Morgan Parra.rugby.Clermont.REMY GABALDA  AFP.1280.640

 Mais une fourchette qui varie de 7.500 à 16.250 euros. Mais, comme dans toutes les professions, ces moyennes masquent de grandes disparités : un jeune joueur comme le Castrais Antoine Dupont, aussi prometteur soit-il, ne gagne évidemment pas le même salaire que des stars internationales comme le Toulonnais Bryan Habana ou le Clermontois Morgan Parra (voir plus bas). Sans oublier qu’un club comme le Racing Metro ou le Stade Toulousain ont des moyens bien plus importants qu’Agen ou Pau. La DNACG a donc pris le soin de séparer les clubs du Top 14  en trois catégories pour fournir des chiffres plus proches de la réalité qu’une moyenne générale.

On obtient alors une photographie salariale probablement plus proche de la réalité, et surtout plus contrastée. Le salaire moyen brut d’un joueur passe alors à 10.350 euros par mois dans les "petits" club (soit 7.460 euros nets), à 16.120 euros bruts dans un club "moyen" (soit 11.600 euros nets), et à 22.560 euros bruts chez les gros (soit 16.240 euros net). 

Ces chiffres doivent néanmoins être nuancés par un élément de taille : le Top 14 français est au rugby ce que la Premiere League est au football. C’est-à-dire le championnat le plus attractif en termes de jeu mais aussi d’argent. Si bien que l’Hexagone attire les meilleurs joueurs du monde et les paie très bien, avec des salaires qui tirent la moyenne vers le haut. Si bien que lorsque le Daily Telegraph établit le top 10 des rugbymen les mieux payés, ils sont neuf à évoluer dans le championnat français.

Pour rappel, voici les chiffres avancés il y a moins d’un an par le quotidien britannique à propos des joueurs les mieux payés dans le monde :

La professionnalisation a fait bondir les salaires. Avec 17.650 euros bruts par mois, on est loin de l’image d’Epinal d’un rugby pratiqué par des semi-pros passionnés. L’ovalie a en effet profondément changé d’ère depuis 1995 et le passage au rugby professionnel, achevé en France en 1997. Depuis, les salaires ont sensiblement évolué, passant d’un peu moins de 5.700 euros bruts mensuel en 2002/2003 à 17.645 euros bruts en 2013/2014.

La courbe du salaire moyen brut montre cette inflation des rémunérations, qui touche également les entraîneurs :

L’écart avec le football professionnel reste immense. Si la rémunération moyenne d’un joueur professionnel de rugby a été multipliée par trois en une décennie, le Top 14 est loin d’avoir rattrapé le football. En effet, les 17.650 euros bruts par mois du rugby font pâle figure par rapport aux 45.000 euros bruts que touche en moyenne un joueur de Ligue 1. En résumé, un footballeur gagne trois fois plus qu’un rugbyman.

Et même lorsqu’on se penche sur les rémunérations des stars de chaque sport, rugby et football ne font pas partie du même monde. Le joueur le plus cher de cette saison de Top 14, Dan Carter, devrait gagner 1,1 million cette saison au Racing Metro, dixit le président du club. Le Daily Telegraphestime, lui, que la facture avoisine plutôt les 1,4 million. Dans tous les cas, c’est bien loin des 23 millions d’euros que gagne le défenseur du PSG Thiago Silva, primes comprises. Tête de gondole de ce même club, Zlatan Ibrahimovic ne va empocher "que" 15 millions, mais peut compter sur de juteux contrats publicitaires. On mesure aussi l’écart entre les deux sports en consultant le classement 2015 des 100 sportifs les mieux payés au monde, que réalise chaque année Forbes : aucun joueur de rugby n’y figure, alors qu’on trouve pas moins de 15 footballeurs.

18.09.Rugby.Toulon.Stade Francais.LOIC VENANCE  AFP.640.640

 Le Top 14 ne dépassera jamais la L1. La dynamique salariale du rugby pourrait laisser penser que le Top 14 arrivera un jour au niveau de la Ligue 1. Mais ce serait compter sans le "salary cap" instauré en 2010 dans le rugby professionnel : depuis, les clubs ont un plafond de masse salariale qu’ils ne peuvent pas dépasser. Ainsi, un club du Top 14 ne peut actuellement pas dépenser plus de 10 millions d’euros par saison pour payer ses joueurs.

Ce système, inspiré des sports US et notamment de la NBA, permet de limiter les inégalités entre clubs et doit dissuader les clubs de se lancer dans une inflation continue pour attirer les meilleurs joueurs, au risque de faire faillite dans la foulée. D’ailleurs, les clubs joueraient le jeu : "peu de clubs atteignent ce plafond", assure-t-on à la Ligue nationale de Rugby. Ce qui n'empêche pas certains poids lourds du Top 14 de s’accuser régulièrement de ne pas respecter cette règle en payant en partie leurs joueurs de manière détournée.