Coupe du monde 2018 : le foot me rend fou, c’est grave ?

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Coupe du monde 2018 : le foot me rend fou, c’est grave ?
@ JEAN CHRISTOPHE MAGNENET / AFP
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Pour un supporter, un vrai, l’enjeu va bien au-delà du simple spectacle offert par un match. 

Certains ne dorment pas la nuit avant un grand match de "leur équipe", d’autres seraient prêts à démolir leur téléviseur après une mauvaise décision de l’arbitre ou à embrasser le premier venu un soir de victoire en finale : le football, sport le plus populaire de la planète, peut parfois nous mettre dans tous nos états.

Selon le Social Issues Research Center, institut de recherche en sociologie britannique, 38% des Français préféreraient regarder un bon match de foot que d’avoir un rapport sexuel, et la proportion monterait même à 60% au Royaume-Uni. "Je commence déjà à stresser, c’est fou. J’y pense tout le temps. Je n’imagine même pas ce que ça doit être lorsqu’on joue vraiment la Coupe du Monde", raconte Julien, quelques jours avant le premier match des Bleus. Comment expliquer une telle ferveur ?

Le sport peut donner du sens à l’existence

Chez un supporter, le sport entretient, de manière continue, la flamme des émotions les plus puissantes, les plus profondes, les plus dynamiques de l’être humain : le désir est entretenu (notamment, dans le cadre du foot, par une machine médiatique bien huilée) toute la semaine, de l’espoir est suscité avant chaque match, une solidarité se créé avec les autres supporters et les joueurs, et l’on est habité en permanence par le sentiment d’appartenir à une communauté.

Toute sa vie, le supporter acquiert et partage des connaissances sur son équipe, il organise son budget en fonction des matches qu’il compte aller voir ou du maillot qu’il veut s’acheter, il traverse la France ou le monde pour suivre ses idoles… "Dans les tribunes, il y a du savoir, de la culture, des traditions, de l’amour et de la joie. Il suffit d’y passer cinq minutes pour s’en rendre compte", résume dans Slate le philosophe Jean-François Pradeau, auteur de Dans les tribunes, éloge du supporter.

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"L’individu d’aujourd’hui a besoin de passions. De plus en plus. Sans elles, il risque de perdre le contact avec l’histoire de sa propre vie, qu’il se raconte... et qui donne sens à sa vie", renchérit le sociologue Jean-Claude Kaufmann dans Psychologie magazine. "L’individu peut bien sûr, un temps, se laisser porter par les routines. Mais il lui faut compenser ces moments faibles par des engagements forts, autour d’une identité́ plus compacte et dynamique. Si possible dans un véritable élan passionnel qui décuple les bénéfices psychologiques", poursuit cet expert dans une tribune consacrée au football.

Un sport où s’enchaînent "les ascenseurs émotionnels"

Alors lorsque le supporter regarde un match, il ne fait pas que regarder un match. Il met en jeu une partie de son existence. Une partie sur laquelle il n’a pas beaucoup d’influence, surtout s’il regarde le match depuis son salon. Cela entraîne du stress, de l’angoisse, de l’inquiétude pendant le déroulé du match. Puis de la joie, de la confiance, de l’optimisme, ou de la colère, de la tristesse, de la frustration, selon le résultat obtenu. Après un match, on décharge nos émotions sur tous les acteurs qui ont contribué à notre bonheur, ou à notre déception : une immense gratitude en cas de victoire, une haine démesurée (contre l’arbitre, contre ce joueur qui aurait mérité de rester sur le banc, contre l’entraîneur qui n’aurait pas de le mettre sur le terrain) en cas de défaite. Plus l’enjeu du match est élevé, plus il y aura donc d’intensités dans l’émotion.

L’affection que porte un supporter à son équipe est de l’ordre de l’état amoureux : irrationnelle

"Ce sport comme nombre d'autres sports tient son succès de phénomènes appelés ‘les ascenseurs émotionnels’. Dans le football, les étages sont nombreux et les mouvements de répits et de tensions, de hauts et bas peuvent se succéder parfois avec frénésie", analyse le psychologue Robert Zuili dans le Huffington Post. "Si la machine à mesurer l'intensité émotionnelle existait, un grand match répondrait à cette définition : ‘lorsque l'exposition aux charges émotionnelles positives et négatives subies sont les plus intenses, les plus contrastées et les plus nombreuses...’", théorise-t-il. "L’affection que porte un supporter à son équipe est de l’ordre de l’état amoureux : irrationnelle. Il lui transfère son idéal du moi. A chaque match, le spectateur regarde se rejouer le conflit fondateur où s’affrontent l’amour et la violence", décrypte pour sa part le psychiatre Guy Maruani, dans le magazine Femme actuelle.

Au final, ça fait du bien ou pas d’être supporter ?

Selon de nombreux psychologues, toutes ces émotions répondent aux besoins fondamentaux de l’être humain, ceux dont il a besoin pour se sentir heureux (lire notre article ici). Elles seraient en partie responsables de la production d’ocytocine ou de testostérone, hormones pouvant respectivement provoquer un sentiment de bien-être et de confiance en soi. Sans compter l’adrénaline, qui peut entraîner un sentiment d’extase, d’énergie, et qui est produite en abondance chez tous ceux tenus en haleine devant un match capital et/ou à suspens.

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Mais la passion footballistique peut aussi plonger le supporter dans la violence, et même dans une tristesse profonde, qui s’étend à mesure que son équipe ou son idole s’enfonce dans les mauvais résultats. Selon des études citées par Le Parisien, une défaite de son pays en Coupe du Monde s’accompagne même souvent de dommages bien réels. "Le 22 juin 1996, après l'élimination des Pays-Bas par la France en quarts de finale de l'Euro, on a constaté une hausse de 51% des accidents cardio-vasculaires chez les Hollandais. Outre-manche, le 30 juin 1998, après que l'Angleterre eut cédé face à l'Argentine, en huitièmes de finale du Mondial, on a constaté une hausse des arrêts cardiaques de 25% chez les Anglais", lisait-on dans un article du quotidien en date de 2010.

La déception, le stress, une surdose d’adrénaline mêlée à une éventuelle consommation d ‘alcool et de malbouffe peuvent expliquer ce risque. Avant chaque compétition, les médecins conseillent donc aux supporters de se préparer presque comme leurs sportifs préférés : dormir 7 à 9h par nuit, faire des siestes, manger équilibré, éviter les boissons excitantes ou alcoolisées…