Pierre Daix, écrivain et ancien résistant, est mort

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Pierre Daix, écrivain et ancien résistant, est mort
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CULTURE - Journaliste, écrivain, ancien résistant et déporté... Pierre Daix est décédé dimanche, à l'âge de 92 ans.

Le journaliste et écrivain Pierre Daix, ancien résistant et déporté, auteur de nombreux ouvrages sur l'art au XXème siècle, est mort dimanche à l'âge de 92 ans, a annoncé son épouse. Ancien communiste, Pierre Daix était un spécialiste de l'histoire de l'art et, plus particulièrement, de son ami Pablo Picasso. Mais son expérience de la seconde guerre mondiale lui avait aussi inspiré plusieurs livres.

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L'Art comme spécialité. "Françoise Daix fait part avec tristesse du décès ce dimanche matin de son mari Pierre Daix", souligne son épouse dans une déclaration écrite transmise. Une grande partie de son oeuvre est consacrée à la peinture et à Picasso. Il a aussi écrit sur le cubisme, Manet, Rodin, Gauguin, Hartung, Soulages, les surréalistes, Zao Wou-ki, Matisse, Alechinsky ou le collectionneur et homme d'affaires François Pinault.

Le poids de l'histoire dans sa oeuvre. Grand croix de la Légion d'honneur (la plus haute distinction de la légion d'honneur) en 2012, Croix de guerre 39-45, médaillé de la Résistance, il était l'auteur d'une cinquantaine de livres. On lui doit aussi "Les Hérétiques du PCF" (1980), "Aragon" (1975) ou "Bréviaire pour Mauthausen" (prix François Mauriac 2005). Pierre Daix était enfin l'auteur de nombreux romans comme "La Dernière Forteresse" (1950), "Classe 42" (1951), "Les Chemins du printemps" (1979), "L'Ombre de la forteresse" (1990), "Quatre jours en novembre" (1994).

Combattant de la France Libre. Né le 24 mai 1922 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), après des études à la faculté de lettres de Rennes et de Paris, il adhère au Parti communiste français à l'âge de 17 ans, en 1939, puis entre dans la Résistance. Arrêté, il est prisonnier au camp de concentration de Mauthausen, en Autriche, une expérience à l'origine du roman remarqué qu'il consacra en 2008 aux femmes déportées, "Les Revenantes".

À la Libération, il devient chef de cabinet du ministre communiste Charles Tillon au ministère de l'Air, de l'Armement et de la Reconstruction, directeur adjoint des Editions sociales (1947), rédacteur en chef de la revue "Les Lettres Françaises" (1948-72), où il est le collaborateur de Louis Aragon. Il est ensuite directeur adjoint du quotidien communiste "Ce Soir" (1950-53). Trente ans plus tard, il sera conseiller de la rédaction du "Quotidien de Paris" (1980-85), journal classé à droite.

Adoption puis, rejet du communisme. Pierre Daix a évoqué son évolution idéologique dans son autobiographie "J'ai cru au matin" (1976) et ses mémoires "Tout mon temps" (2001). D'abord aveugle face aux atrocités commises en Union Soviétique, il commence par démentir l'existence d'un système concentrationnaire avant de changer de position dans les années 1960, choqué par la répression du Printemps de Prague. C'est ainsi qu'il contribue à faire connaître le dissident Alexandre Soljenitsyne en présentant aux Français "Une journée d'Ivan Denissovitch" en 1963.

En 1971, il rompt avec le PCF, après une passe d'armes avec René Andrieu, rédacteur-en-chef de "L'Humanité".

"Mon négationnisme était une construction intellectuelle élaborée au fil des années. Pour le dire autrement, je m'étais manipulé moi-même : un comble pour quelqu'un qui avait reçu une formation d'historien !", avait-il expliqué dans un de ses ouvrages. "Le marxisme ne veut plus rien dire à partir du moment où il désigne en même temps l'invasion de la Tchécoslovaquie et la résistance socialiste à la normalisation", avait-il aussi affirmé en 1976.

L'hommage du président Hollande. François Hollande a présenté, dans un communiqué, ses "sincères condoléances" à la femme et aux proches du défunt. François Hollande voit en Pierre Daix "un homme libre", qui dès l'âge de 18 ans, "participa à la toute première révolte étudiante sous l'Occupation, le 11 novembre 1940 à l'Arc de Triomphe". "Il fut l'homme de tous les engagements, dès lors qu'ils servaient l'Humanité", a souligné le président. 



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