Patrick Timsit : "Le racisme est toujours dicté par la peur"

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Au fil d'une balade parisienne, l'acteur et humoriste emmène sur les lieux qui l'ont marqué, de ses débuts sur les planches au quartier de son enfance.

INTERVIEW

Il était jeune agent immobilier quand en 48 heures, il a fermé la porte de son agence pour pousser celle d’un cours de théâtre il y a près de 35 ans. Depuis, Patrick Timsit s’est fait connaître grâce à ses one man shows à l’humour parfois grinçant mais aussi au cinéma, avec des comédies et des films plus dramatiques. Actuellement à l'affiche de Stars 80, la suite, l'acteur a donné rendez-vous à Nikos Aliagas dans la capitale pour une balade parisienne.



"Quand on a promis de faire rire, on a promis de faire jouir". La rencontre a lieu devant le Théâtre du Ranelagh dans le 16e arrondissement de la capitale. "C’est mon historique, c’est là où j’ai commencé, par hasard." Le comédien trouvait alors les salles beaucoup plus grandes. Peut-être parce que "c’était 90% vide. Au début, on se dit, il n’y a pas de raison qu’il y en ait plus. La seule qui me soutient, c’est ma mère parce que tout d’un coup, je m’amuse, j’ai un rêve. Mon père a peur, parce que je faisais de l’immobilier dans le 18e, parce que je gagnais bien ma vie." La scène, il ne s'en est depuis lors, jamais éloigné. "C’est comme quand on fait l’amour, on ne peut pas s’en lasser. C’est une découverte. Le mot le plus juste est jouir. Quand on joue devant un public et qu’on a promis de faire rire, on a promis de faire jouir. C’est comme ça que j’arrive à expliquer l’agressivité qu’on peut avoir quand on sort d’un spectacle et qu’on n’a pas ri. La personne vous en veut", explique-t-il.



"C'était la cour des miracles". Il dit qu’il sait avant de rentrer sur scène si la salle va être réceptive. Il écoute derrière le rideau. "J’aime les salles bruyantes, qui ont une animation avant que je monte sur scène. Ça donne un indice d’énergie très important." Il a appris qu'au début, peu connu, il faut se présenter, instaurer une confiance. Plus tard, "quand on vous connaît, on sait que vous êtes insoupçonnable. Tout d’un coup, vous faites une blague et on ne peut pas vous soupçonner d’être sexiste, d’être raciste." Lui a d'ailleurs grandi dans une quartier de mixité. C'est boulevard Barbès que se poursuit la balade. "Ce que j’ai appris, et j’ai eu de la chance d’avoir des parents comme ça, c’était l’ouverture d’esprit. Dans la boutique de ma mère (une maroquinerie au 13 rue Poulet) c’était la cour des miracles. Elle était seule mais les gens venaient passer des journées entières discuter avec elle. On n’avait pas peur. Parce que qu’est-ce que c’est le racisme ? C’est toujours dicté par la peur."



"On était ravis d'être en France". Ses bureaux actuels ne sont pas loin. "Je continue d’avoir un pied dans le 18e", lance-t-il, en se dirigeant vers la rue Custine, où se tenait cette fois la boutique de son père, une petite agence immobilière. Dans la rue, il s'arrête à un café et évoque sa famille : son père, "un homme simple. Pour lui qui venait d’Algérie, c’était une chance d’arriver ici. Je ne crois pas que quand on s’intègre, on perde nos valeurs. On était ravis d’être en France. Ça ne les empêchait pas d’avoir aimé cette Algérie. Mon père avait une petite maroquinerie à Alger. Il était parti comme tous ces pieds noirs en une heure. Ils avaient tout laissé mais le musulman algérien l’a payé jusqu’au dernier centime. Il venait le payer à Paris. Je voyais ça. On a toujours été élevé juif et musulman tous ensemble", souligne-t-il. "On était pas dans la caricature, on avait cette immense chance de vivre en toute démocratie et avec liberté d’esprit."