Engouement pour les séries : "La série est extrêmement flexible, au cinéma, on est prisonnier"

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A quelques jours de l'ouverture du festival de Cannes, le producteur de séries Claude Chelli explique la montée en puissance et l'engouement pour le monde des séries.

INTERVIEW

Après Canneséries il y a quinze jours, Lille accueillera la 9e édition du festival international Séries mania du 27 avril au 5 mai. Jamais il n'y a eu autant d'intérêt pour ce format et autant de séries en elles-mêmes, comme si, à quelques jours du festival de Cannes, elles s'apprêtaient à détrôner le cinéma. Claude Chelli, patron de Capa Drama, est le producteur de grosses séries internationales comme Braquo ou Versailles. Invité de l'émission C'est arrivé demain, il a donné les raisons de cette prise de pouvoir.

Au cinéma, "on est prisonnier". L’effervescence est due, selon lui, à deux facteurs. Il y a d'une part une raison d'enfance : "On a tous suivi des feuilletons, lu des bandes dessinées. On veut suivre les aventures de ces super-héros. Il y a un attachement aux personnages très fort". Et d'autre part, "la série est extrêmement flexible, libre", contrairement au cinéma : "Il faut y aller, prendre une place. On est prisonnier pendant une heure et demie, deux heures, deux heures et demie. La série, vous la voyez où vous voulez, quand vous voulez, il y a quelque chose de naturel", valorise le producteur. 

Le poids des scénaristes. Autre différence entre les deux formats, la figure du grand écran est le réalisateur, quand le scénariste est la clé de voûte de la série, du moins aux Etats-Unis, souligne Claude Chelli. Certains sont devenus des stars, à l'image des scénaristes de Game of Thrones, David Benioff et Daiel Brett Weiss ou de Steven Knight, en charge notamment de Peacky Blinders. Car "à la base de tout, il y a l'écriture. Il faut qu'elle soit implacable, qu'elle respecte un certain nombre de codes."

Entendu sur Europe 1
Google et Apple vont arriver. Toutes ces grandes machines de guerre vont se mettre à faire de la série

"La série est devenue adulte". Cet aspect explique en partie pourquoi les séries cartonnent maintenant, alors que les feuilletons existent depuis des années. "Sur le fond, ça n'a pas changé, on raconte des histoires avec des personnages charismatiques" mais pour le spécialiste, "la série est devenue adulte, elle s'est ouverte. Elle n'est plus simplement du divertissement. Elle peut nous réveiller, nous interpeller, c'est de plus en plus collé à la réalité." S'y ajoute une réelle "appétence pour créer toujours quelque de nouveau, qui n'a jamais été vu".

"Machines de guerre". Face à l'explosion américaine, les séries françaises sont néanmoins à la traîne. "On reste sur l'acquis. On ne prévoit pas ce qui pourrait venir bouleverser l'ordre des choses", contrairement par exemple au Danemark, qui a osé (gagné) son pari avec la série Borgen. "La France s'y est mis avec un peu de retard, avec une écriture un peu plus libre et des sujets un peu plus innovants ou engagés." Netflix a notamment compris en arrivant en France qu'il fallait "lancer un appel d'offres sur les 15-35 ans parce qu'ils estimaient qu'ils avaient vraiment un créneau délaissé par les chaînes françaises."

Et selon le producteur, tout ne fait que commencer : "Google et Apple vont arriver. Toutes ces grandes machines de guerre vont se mettre à faire de la série. Nous, on est producteur, on a envie que nos idées voient le jour, peu importe le support, on ne fait pas de politique."