Le Pen-Mélenchon, l’autre duel

Par Rémi Duchemin avec agences

Publié le 27 mars 2012 à 13h06 Mis à jour le 27 mars 2012 à 13h06

L’hostilité entre Jean-Luc Mélenchon  et Marine Le Pen avait été criante lors d'un (non-)débat sur France 2.

L’hostilité entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen avait été criante lors d'un (non-)débat sur France 2. © MAXPPP

Les deux candidats, qui s’invectivent volontiers, se disputent désormais la 3e place des sondages.

Ces deux-là, selon l’expression consacrée, ne passeront pas leurs vacances ensemble. Depuis le début de la campagne, les noms d’oiseaux ne manquent pas entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Mais leur affrontement s’est encore durci ces derniers jours. Car désormais, la candidate du Front national et celui du Front de gauche se disputent le titre, honorifique mais pas seulement, de "troisième homme (ou femme)" dans les sondages, derrière les deux favoris Nicolas Sarkozy et François Hollande.

"M. Mélenchon ne fera pas la moitié des voix que je ferai"

L’ancien sénateur socialiste n’en finit pas de grimper. Selon le sondage quotidien Ifop-Fiducial pour Paris-Match de lundi, le candidat du Front de Gauche réunit 13% d’intentions de vote, et distance désormais sensiblement François Bayrou, à 12%. Quant à Marine Le Pen, elle conserve sa place sur le podium, avec 15,5% d’intentions de vote. Mais dans un sondage BVA publié la semaine dernière, Jean-Luc Mélenchon était présenté comme le troisième homme de la campagne avec 14% des intentions de vote, devant Marine Le Pen (13%) et François Bayrou (13%).

Pour autant, Marine Le Pen se refuse à montrer des signes d’inquiétude, certaine qu’elle est de distancer largement son rival du Front de gauche. "Malgré les sondages, on verra bien ce qui se passera le 22 avril. M. Mélenchon ne fera pas la moitié des voix que je ferai", a lancé la candidate frontiste lundi lors d’une rencontre avec les ouvriers de la Française de Mécanique à Douvrin, dans le Pas-de-Calais. "Contrairement à lui, je n'ai pas attendu 25 ans dans un siège de sénateur avant de m'intéresser à la classe ouvrière. De toutes façons, l'électorat de M. Mélenchon, ce n'est pas la classe ouvrière, mais un électorat de bobos", a-t-elle aussi attaqué.

"Placez là derrière moi, loin derrière"

Pas sûr que cela déstabilise son adversaire, galvanisé de son côté par les bons sondages. "Les circonstances semblent dire que le Front de Gauche aurait atteint cet objectif merveilleux d'avoir ridiculisé le Front national", s'est félicité le candidat dimanche à La Réunion. "Puisque par notre travail nous l'avons repoussé derrière, puisque les dangers qui permettaient hier de se faire peur à bon compte avec le vote utile, puisque nous l'avons dégagé du devant de la scène, je vous le demande, débarrassez la vie politique de ces malfaisants qui depuis 30 ans pourrissent le débat politique", a également lancé Jean-Luc Mélenchon devant près de 3.000 personnes. Et d’asséner son antienne : "Placez-la derrière moi, placez-la derrière moi, loin derrière, loin derrière !".

L’occasion est en outre trop belle pour les troupes de Jean-Luc Mélenchon de fustiger le "vote utile", brandi par le Partti socialiste pour éviter un nouveau 21-Avril. "Si nous étions devant Marine Le Pen le soir du premier tour, ce serait une victoire considérable parce que je pense que c'est une bataille idéologique qui va être menée et c'est aussi une manière de sortir de ce discours infernal sur le vote utile", a ainsi déclaré Clémentine Autain sur Europe 1 mardi. "Ce fameux voter utile, qui dit qu'il faudrait voter pour le candidat socialiste le soir du premier tour, il me casse les urnes", a lâché me porte-parole de Jean-Luc Mélenchon.

La réussite actuelle du président du Parti de gauche valide sa stratégie extrêmement agressive envers Marine Le Pen depuis le début de la campagne. Le candidat du Front de gauche a tour à tour qualifié sa rivale de "semi-démente", de "réactionnaire confite", de "bigote mal éveillée" ou, plus récemment, de "pauvre femme". La candidate du FN s’est elle contentée de traiter Jean-Luc Mélenchon de "petit garçon". Si elle refuse encore l’escalade verbale, c’est que Marine Le Pen estime que le candidat du Front de gauche ne boxe pas dans la même catégorie. Les sondages sont en train de lui donner tort.

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