Comment Sarkozy se voit en "candidat du peuple"

Par Hélène Favier

Publié le 21 février 2012 à 16h04 Mis à jour le 21 février 2012 à 18h38

"Les corps intermédiaires" dans le collimateur de Sarkozy

"Les corps intermédiaires" dans le collimateur de Sarkozy © REUTERS

Exit les corps intermédiaires, Sarkozy veut désormais s’adresser directement à la Nation.

Exit les "syndicats", au revoir "les groupes de pression", basta "les journalistes", désormais, Nicolas Sarkozy entend travailler "directement" avec le peuple. "L'idée centrale de mon prochain quinquennat sera de redonner la parole au peuple français", promet ainsi le président sortant. Pour arriver à cet objectif, le candidat UMP a une solution : réduire le pouvoir des corps intermédiaires responsables, selon lui, de "l’immobilisme" qui règne en France. Mais qui sont au juste ces corps intermédiaires ? Est-il possible de gouverner sans eux ? Voici quelques éléments de réponse.

Exit les corps intermédiaires

"Les syndicats, les partis, les groupes de pression, les experts, les commentateurs, tout le monde veut parler à la place du peuple sans jamais se soucier de ce que le peuple veut, de ce qu’il pense et de ce qu'il décide. Comme si le peuple n’était pas assez intelligent, pas assez raisonnable." Dès son premier discours de campagne, jeudi dernier à Annecy, Nicolas Sarkozy a pointé du doigt "ces corps intermédiaires" qui confisquent, selon lui, "la parole des Français".

Pour être sûr que le message soit bien passé, le candidat de l’UMP a de nouveau insisté, dimanche à Marseille, sur la nécessité de réduire leur pouvoir. "Ce ne sont pas les Français qui sont rétifs aux réformes mais les corps intermédiaires qui n'aiment rien tant que l'immobilisme", a-t-il asséné, s'en prenant une nouvelle fois aux "élites".

Le référendum comme solution

Elites ou corps intermédiaires qui sont-ils au juste ? Ce sont les groupes sociaux et humains, qui créent une médiation entre les citoyens et les chefs d'Etat, soit, selon les définitions, les associations, les syndicats, les partis, les groupes d'intérêt ou encore les médias. "C'est une nébuleuse, une notion un peu floue", confirme Clotilde Druelle-Korn, maître de conférences à l'université de Limoges et auteure du recueil Les corps intermédiaires économiques, paru en 2011. Au début du XIXe siècle, on s'est aperçu qu'on avait besoin par exemple de l'opinion du monde du commerce pour gouverner et on a créé les Chambres de commerce, les syndicats, les associations ou les conseils des prud'hommes", explique-t-elle.

Sans corps intermédiaires, Nicolas Sarkozy imagine instaurer un dialogue direct avec le peuple via des "référendums" fréquents. Il envisage, par exemple, d'organiser un référendum sur la formation des demandeurs d'emploi et l'obligation pour les chômeurs d'"accepter la première offre d'emploi correspondant au métier pour lequel ils auront été nouvellement formés".

"On ne peut pas gouverner à coup de référendums"

Reste que "le référendum n’est pas un mode de gouvernement pratique. On ne peut pas gouverner à coup de référendums", estime le constitutionnaliste Guy Carcassonne sur Europe1.fr. "Toutes les lois ne peuvent être adoptées ainsi. Le référendum doit être utilisé en cas de blocage", insiste le professeur de droit public pour qui le référendum ne peut remplacer le dialogue. Lors d’un référendum, n’existe en effet aucune possibilité d’amender un texte, de l’améliorer : la réponse ne peut être que oui ou non. "Et circonstance aggravante, c’est à la fois la question et celui qui la pose qui sont approuvés ou rejetés".

"Ces corps intermédiaires sont nécessaires au dialogue social", renchérit Stéphane Rozès, directeur de la société de conseil CAP. "Comment dialoguer sans eux ? Comment gouverner sans dialogue ?", s’interroge le politologue sur Europe1.fr. Pour lui, ils sont les rouages nécessaires entre l’individu et l’Etat. "Les remettre en cause, c’est également mettre en cause les décisions qui ont été prises jusqu’à maintenant. Et qui étaient de bons compromis grâce à eux."

Corinne Lepage, candidate de Cap 21 à la présidentielle, va plus loin encore. Lundi, sur Europe 1, elle assure qu'historiquement, "les fascismes" ont commencé sur ce registre. "Ce qui m'a choquée, c'est cette violence contre les corps intermédiaires, c'est-à-dire les syndicats, les associations. Je trouve ça extrêmement grave. C'est comme ça qu'a commencé la montée des fascismes en Europe dans les années 30, c'est par l'attaque contre les partis politiques et contre tous les corps intermédiaires". "Sur le plan démocratique, c'est une dérive dangereuse", déplore-t-elle.

"Si l’on veut vraiment que le peuple ait son mot à dire, sans tomber dans ces détournements, il faut limiter le recours au référendum aux questions qui engagent lourdement l’avenir", tempère, sur Marianne2, Paul Quiles, directeur de campagne de François Mitterand en 1981. "Il faut associer sa mise en œuvre à deux conditions : que l’information préalable soit poussée à l’extrême et que le Parlement ne soit pas tenu à l’écart de la démarche", met-il en garde.

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