"L'intelligence artificielle est incroyablement stupide" : pourquoi les machines ne sont pas près de nous remplacer

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L'intelligence artificielle fait de plus en plus de progrès dans de nombreux domaines, tant et si bien que certains la voient comme une menace pour l'emploi. Pourtant les trois spécialistes invités à faire le tour de la question au micro de François Clauss jeudi ne sont pas inquiets. Ce système, bien qu'extrêmement efficace pour certaines taches, est encore loin de l'intelligence humaine.

LE TOUR DE LA QUESTION

Les développements de l'intelligence artificielle (IA) dans des domaines aussi variés que les jeux-vidéos, la reconnaissance faciale, la sécurité et la médecine préventive fascinent et inquiètent. Nombreux sont ceux qui craignent de voir les humains progressivement remplacés par des machines. Un avenir auquel ne croient pas les invités de François Clauss dans l'émission Le tour de la question de jeudi.

Anicet Mbida, journaliste spécialiste des innovations à Europe 1, Bertrand Braunschweig, directeur du centre de recherche Inria Saclay-Île-de-France, spécialiste de l'intelligence artificielle et Laurent Alexandre, chirurgien, entrepreneur et auteur de La guerre des intelligences : Comment l'intelligence artificielle va révolutionner l'éducation (JC Lattès, 2017) estiment que l'intelligence artificielle est limitée car elle n'est que technique.

>> De 9h à 11h, c’est Le Tour de la Question avec François Clauss. Retrouvez le replay de l’émission ici

L'IA n'est performante que dans certains domaines... Bien qu'étant de plus en plus présente dans notre quotidien, l'intelligence artificielle a surtout fait d'énormes progrès dans deux domaines, selon Anicet Mbida : la vision artificielle et le jeu. "Les machines sont capables de battre un humain aux échecs ou au go", rappelle notre expert. Elles sont aussi de plus en plus performantes pour identifier un élément sur une image.

Dans le domaine de la médecine, les IA sont bien plus efficaces que les humains pour reconnaître un signe de cancer sur un scanner. "Mais elles ne savent ni ce qu'est un cancer ni ce qu'est un malade", nuance Laurent Alexandre, chirurgien, entrepreneur et essayiste. Impossible pour un robot, donc, de délivrer une ordonnance et encore moins de prescrire un traitement compliqué.

Par ailleurs, même les robots chirurgicaux ne sont que des "bras télémanipulés qui sont à 100% sous le contrôle du chirurgien", ajoute-t-il. Car les robots seuls ont "une dextérité inférieure à celle d'un nourrisson." Donc pour ces spécialistes, le remplacement complet des humains pour certaines taches relève toujours de la science-fiction.

Et elle a de nombreuses limites. "L'IA reste incroyablement stupide", affirme Laurent Alexandre. "Elle fait des corrélations très rapides [reconnaître une personne en fonction d'un ensemble de caractéristiques] mais elle ne comprend pas ce qu'elle fait, elle ne sait pas qu'elle existe, ni que le monde existe… L'IA est très différente de l'intelligence humaine." Pour illustrer ces limites, Anicet Mbida rappelle que nombre d'utilisateurs de smartphones ont abandonné l'usage de leurs assistants vocaux "parce qu'ils répondaient très souvent à côté."

"Il y a donc deux mondes qui se construisent : celui de l'IA qui apprend à partir de données, et celui de l'homme qui a une réflexion profonde et peut prendre une décision à partir de très peu d'éléments."

Les systèmes intelligents peuvent avoir des biais. Le système du deep learning ou apprentissage automatique, l'une des formes les plus courantes de l'intelligence artificielle, pose par ailleurs des questions éthiques. Car pour apprendre, les intelligences artificielles ont besoin d'un grand jeu de données qui leur sont fournies... par des humains. Or celles-ci ne sont pas forcément neutres. "Par exemple, les systèmes utilisés par la police ont tendance à reconnaître des Noirs comme des délinquants et pas des Blancs à cause des données qui leurs sont fournies et dans lesquelles il y a plus souvent des Noirs qui sont délinquants", avance Anicet Mbida.

Une confiance encore difficile à accorder aveuglément. La principale question posée par ces systèmes très rapides et spécialisés est donc celle de la confiance que l'on accorde à leurs conclusions. "La complexité des systèmes d'apprentissage croît plus vite que nos capacité à les expertiser et à les comprendre. Il est de plus en plus difficile de comprendre les choix de l'IA" qui ne sont pas capables de les expliquer, observe Laurent Alexandre.

Or tant que l'on ne sera pas capable de comprendre le raisonnement des systèmes, on ne pourra pas leur accorder notre confiance. "On a besoin de vérifications, de preuves, de certification des systèmes, notamment dans les domaines qui touchent à la sécurité ou à la santé", assure Bertrand Braunschweig, spécialiste de l'intelligence artificielle. "Le premier accident mortel d'une voiture autonome a fait la une des journaux alors qu'il y a 3.000 morts par an sur la route en France. On ne veut pas laisser sa vie à une machine", renchérit Anicet Mbida. 

Quant au remplacement total des emplois comme les hôtesses de caisse, les pompistes ou les journalistes par des intelligences artificielles, on en est encore loin selon les spécialistes invités sur Europe 1. "Il faut cesser d'être biberonnés par la science-fiction et les films", conseille Anicet Mbida. "L'IA est seulement une évolution technologique qui va permettre d'améliorer certaines choses" et non remplacer l'humain à termes.