Au fait, c'est quoi l'intelligence artificielle ?

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Les robots dotés d'une intelligence artificielle sont de plus en plus performants et présents dans notre quotidien.
Les robots dotés d'une intelligence artificielle sont de plus en plus performants et présents dans notre quotidien. © FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Qu'elle soit dans nos smartphones, dans les robots des usines ou les banques en ligne, l'intelligence artificielle fait désormais partie de notre quotidien. Mais quelle est sa définition ?

Rendre l'accès aux bases de données plus accessible, créer des "zones franches d'intelligence artificielle" pour permettre l'expérimentation, mieux valoriser le travail des chercheurs… Ces propositions sont issues du rapport du député LREM Cédric Villani sur l'intelligence artificielle publié mercredi pour favoriser son développement en France. L'"IA" est désormais un domaine technologique incontournable, mais de quoi s'agit-il exactement ?

Comment définit-on l'intelligence artificielle ?

Une définition complexe. L'intelligence artificielle ou IA consiste à "mettre en œuvre un certain nombre de techniques visant à permettre aux machines d'imiter une forme d'intelligence réelle", explique Jean-Claude Heudin, directeur du laboratoire de recherche de l'IIM (Institut de l’Internet et du multimédia) à Futura-Sciences. Mais encore faut-il définir les concepts de "machine" et d'"intelligence"...

"Machine" ne désigne pas un objet physique mais plutôt "un système automatique capable de traiter de l’information", selon Eric Sibony, cofondateur et directeur scientifique de Shift Technology, interrogé par Ouest France. Le concept d'intelligence est lui bien plus délicat à définir et doit donc plutôt être identifié au cas par cas. C'est pourquoi les chercheurs ont mis au point plusieurs tests au fil du temps.

"Le test de Turing". Le mathématicien Alan Turing est l'un des premiers scientifiques à s'être intéressé à cette "intelligence artificielle", dans les années 1950. Il a défini un test simple pour savoir si une machine est intelligente ou non, qu'il décrit dans son ouvrage Computing Machinery and Intelligence (publié en 1950).

Une personne discute à l'aveugle avec un autre humain ou une machine programmée pour donner des réponses sensées. Si la personne ne se rend pas compte de la différence entre ses deux interlocuteurs, alors on considère que la machine a une "intelligence artificielle". On appelle ce procédé le "test de Turing".

Une nouvelle manière de tester "l'intelligence". Mais dans le monde de plus en plus numérique dans lequel nous évoluons désormais, ce test n'est pas toujours applicable. Par exemple, il n'est pas valable pour qualifier le niveau d'intelligence d'un programme de tri automatique de photos puisque cet outil ne peut tenir une conversation.

Désormais, on utilise plutôt une formule mise au point par le scientifique américain Marvin Minsky (1927-2016), l'un des fondateurs du domaine de l’IA, qui consiste à savoir si la machine est capable d'accomplir une tâche qui, pour l'instant, est réalisée de façon plus satisfaisante par des êtres humains. Une définition qui porte en elle les critiques que l'intelligence artificielle rencontre aujourd'hui : la technologie peut-elle supplanter l'être humain ?

Quelles sont les limites de cette technologie ?

Une technologie dangereuse entre de mauvaises mains. Bien qu'elle facilite notre quotidien depuis de nombreuses années, certains aspects de l'intelligence artificielle sont décriés. En février dernier, 26 experts internationaux ont alerté sur les dangers d'une utilisation malveillante de l'intelligence artificielle par "des États voyous, des criminels, des terroristes".

Selon eux, dans les dix prochaines années, l'efficacité croissante de l'IA risque de renforcer la cybercriminalité mais aussi de conduire à des utilisations de drones ou de robots à des fins terroristes. Elle est aussi susceptible de faciliter la manipulation d'élections via les réseaux sociaux grâce à des comptes automatisés (bots).

Où arrêter les progrès de la médecine ? Dans le domaine de la médecine, certains craignent également des dérives. Lors des États généraux de la bioéthique qui ont eu lieu janvier dernier, plusieurs questions ont été débattues comme la recherche sur les cellules souches, les connaissances accrues de l'ADN qui permettent de détecter des maladies avant même qu'elle ne se déclarent ou encore le recours de plus en plus courant aux robots pour des diagnostics et autres opérations à distance.

"Aujourd'hui, on peut manipuler le cerveau de l'homme, la pensée peut être augmentée", a expliqué le professeur d'éthique médicale Emmanuel Hirsch à cette occasion. "On aura des puces qui pourront redonner des performances à des personnes qui seraient peut-être atteintes de maladie dégénératives. Nous sommes dans des domaines où on pourra anticiper le risque qu'une personne commette tel ou tel crime ou d'attentat", poursuit-il. "C'est de la science réelle aujourd'hui ! La question est : qu'est-ce qui est acceptable et jusqu'où veut-on aller ?" Avec le développement de la technologie, le débat sur les limites de la prévention est ouvert.

La crainte d'être remplacés par des robots intelligents. Au-delà des interrogations éthiques, les progrès des technologies créent des craintes pour l'emploi. Selon un sondage Ifop de janvier, 64% des moins de 40 ans redoutent une explosion du chômage avec le développement de la robotique.

Ils craignent notamment d'être remplacés par des machines capables d'effectuer leurs tâches. Deux chercheurs de l'Université de Boston, aux États-Unis, ont effectivement démontré en 2017 que les robots ont détruit jusqu'à 670.000 emplois dans l'industrie manufacturière américaine entre 1990 et 2007. 

Mais à l'autre bout du spectre, d'autres études assurent que les emplois détruits par les avancées technologiques seront remplacés par ceux qu'elles vont créer. Selon une étude publiée par Dell et "l'Institut du Futur", un think tank californien, et relayée par Le Figaro, 85% des emplois de 2030 n'existent pas encore aujourd'hui. 

En réalité, personne ne sait vraiment si l'IA va détruire plus d'emploi qu'elle ne va en créer. C'est d'ailleurs pour éluder ce mystère que le rapport de Cédric Villani préconise également la création d'un laboratoire du travail pour anticiper ces immenses transformations. Il s'agit avant tout pour les salariés d'être particulièrement adaptables. 

Selon Luc Ferry, l'intelligence artificielle devrait créer 21 millions d'emplois, vrai ou faux ? La réponse en vidéo : 

Où trouve-t-on l'intelligence artificielle dans notre quotidien ?

Dans les services en ligne. L'intelligence artificielle nous entoure sans même que l'on s'en rende compte. Par exemple, c'est elle qui est à l'oeuvre dans les services bancaires qui ont recours à des conseillers virtuels qui réalisent des opérations courantes comme l'ouverture d'un compte ou la commande d'une carte bleue, détaille Les Echos. C'est encore l'intelligence artificielle (à travers des algorithmes sophistiqués) qui est à l'oeuvre pour proposer des publicités ciblées sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherches.

Dans le domaine de la production industrielle. Dans les usines modernes, les robots intelligents sont légion. Les bras articulés peuvent effectuer des tâches simples tandis que des caméras avec des systèmes de vision artificielle peuvent détecter des produits défectueux sur des chaînes de production.

Dans les transports. L'intelligence artificielle se trouve aussi dans les transports à travers les navettes automatiques comme celles qui sont en test à La Défense et à Lyon, rappelle encore Les EchosLes voitures autonomes sont également sur le point de se faire une place sur nos routes. Tous les géants des technologies ont un programme de recherche sur le sujet, à l'instar de Google et Uber. Mais le système n'est pas encore au point comme en témoigne l'accident mortel entre une voiture sans conducteur et un cycliste dans l'Arizona.

Dans les hôpitaux et les laboratoires. L'intelligence artificielle, bien que controversée dans ce secteur, a permis de grandes avancées dans le domaine médical. Des robots participent désormais à l'analyse des symptômes, à la délivrance de diagnostic, à la chirurgie voire à la prescription de soins.

Dans nos poches et nos salons. Les robots intelligents sont également au plus près de nous : dans nos smartphones. Les assistants vocaux, comme Siri ou Google Assistant, sont capables à la fois de répondre à une question et d'effectuer des tâches sur nos smartphones. Ce sont également les fonctions des nouvelles enceintes connectées comme Google Home, le HomePod d'Apple ou encore l'Echo d'Amazon. Les thermostats connectés ont aussi une forme d'intelligence artificielle puisqu'ils prennent en compte la température ambiante, le nombre de personnes présentes dans la pièce et leurs habitudes pour ajuster le chauffage.