Affaire Huawei : que se passe-t-il entre la Chine et les Etats-Unis ?

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© WANG ZHAO / AFP
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Les Etats-Unis ont dévoilé mardi une série de chefs d'inculpation contre le groupe Huawei, sa directrice financière et deux de ses filiales. 
ON DÉCRYPTE

Un bras de fer qui ne fait que commencer. Les Etats-Unis ont annoncé lundi une longue série de chefs d'inculpation à l'encontre de la dirigeante de Huawei au cœur d'une bataille diplomatico-judiciaire, mais aussi du géant chinois des télécoms lui-même, dans deux affaires qui risquent d'exacerber les tensions entre Washington et Pékin. Europe 1 fait le point sur les dernières évolutions du dossier.

Que reprochent les Etats-Unis à Huawei ? 

Le ministère américain de la Justice a dévoilé mardi 13 chefs d'inculpation à l'encontre du groupe chinois et de sa directrice financière, Meng Wanzhou, arrêtée au Canada en décembre à la demande des enquêteurs américains. Ces accusations sont notamment liés à des violations des sanctions américaines contre l'Iran. En liberté surveillée, la dirigeante de Huawei doit bientôt comparaître devant un juge canadien dans le cadre de la procédure d'extradition lancée par les États-Unis. Washington a confirmé qu'une demande formelle d'extradition serait présentée avant la date butoir du 30 janvier.

Parallèlement, la justice américaine a inculpé deux filiales de Huawei pour association de malfaiteurs en vue de voler des secrets industriels. D'après la justice américaine, Huawei aurait tenté de voler des technologies de l'opérateur américain T-Mobile, à son siège de Bellevue, dans l'Etat de Washington, dans le nord-ouest des Etats-Unis. Le groupe aurait cherché à en savoir plus sur le robot "Tappy", imaginé par T-Mobile pour reproduire un doigt humain et pensé pour tester ses appareils cellulaires. Les deux filiales concernées, Huawei Device Co., Ltd. et Huawei Device Co. USA, sont visées au total par dix chefs d'inculpation pour des faits remontant à la période 2012-2014, parmi lesquels figure également une accusation d'obstruction à la justice.

Que répond Huawei ?

De son côté, Huawei a rejeté les chefs d'inculpation annoncés par le ministère américain de la Justice contre l'entreprise, démentant avoir commis tout vol de technologies ou violation de sanctions contre l'Iran. "Huawei est déçu d'apprendre les accusations portées contre l'entreprise aujourd'hui", a indiqué le groupe à l'AFP. "L'entreprise dément qu'elle, ou une de ses filiales ou sociétés affiliées, ait commis les violations supposées de la loi américaine énoncées dans chacun des actes d'accusation, n'a pas connaissance d'actes répréhensibles de la part de Mme Meng et est persuadée que les tribunaux américains aboutiront à la même conclusion". 

Le gouvernement chinois a également réagi aux différentes inculpations de Huawei et de sa directrice financière, fille du fondateur de groupe et accuse le gouvernement américain de "manipulations politiques". "Les États-Unis utilisent le pouvoir de l'État pour discréditer et attaquer certaines entreprises chinoises, dans une tentative d'étrangler leurs opérations, qui sont légitimes et légales", a indiqué dans un communiqué Geng Shuang, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères. "Il y a derrière tout cela de fortes visées politiques, des manipulations politiques", a-t-il dénoncé.

Qu'en pensent les autres pays ?

Depuis plusieurs mois, Huawei fait face aux interrogations et aux demandes de transparence de plusieurs pays dans le cadre du déploiement de la 5G, la prochaine génération de réseau mobile. En plus d'être un fabricant de smartphones, le groupe est en effet l'un des principaux équipementiers dans les télécommunications. Il fournit à de nombreux opérateurs les infrastructures nécessaires au déploiement d'un réseau (antennes, boîtier de routage...) ce qui suppose d'avoir accès à une très importante quantité de données. Face au manque de transparence du groupe sur certains éléments, plusieurs pays ont dit craindre un risque d'espionnage de la part des autorités chinoises. En France, le sujet n'est pas tranché, mais "Huawei devra fournir toutes les informations nécessaires pour répondre aux exigences qu'impose le rôle d'équipementier", prévient un responsable français qui précise que le gouvernement étudie actuellement le dossier.