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Tour de France femmes avec Zwift 2026 : au plus près des coureuses dans la fournaise du Mont Ventoux

Au-delà de la forêt, le décor devient lunaire. [© Séverine Mignot]

Théâtre de certaines des plus belles pages de l’histoire du cyclisme, le mont Ventoux a sacré une nouvelle championne ce vendredi 7 août. Europe1.fr a vécu la septième étape du Tour de France Femmes depuis l’intérieur de la course, au plus près des coureuses. 

À La Voulte-sur-Rhône (Ardèche), la tranquillité habituelle a laissé place à l’effervescence du Tour de France femmes avec Zwift. Traversée par le Rhône, la commune offre pourtant une image douce et paisible avant le départ. Un calme trompeur, à quelques heures d’un final historique sur les pentes du mont Ventoux. 

Devant les coureuses, 146,8 kilomètres et un géant donc, celui de Provence (15,8 kilomètres à 8,8% de moyenne). Cette septième étape du Tour de France Femmes avec Zwift est annoncée comme l’étape reine et elle risque bien de tenir toutes ses promesses.

Dès le paddock, une différence avec le Tour masculin saute aux yeux. Les barrières sont bien là, mais le public peut approcher les coureuses et observer les derniers réglages. Pour vivre cette étape de l’intérieur, Europe1.fr a pris place à bord de la voiture E.Leclerc conduite par Magali Le Floc’h. Double championne de France sur route, sixième des Jeux olympiques de Sydney en 2000 et du Tour des Flandres en 2005, l’ancienne coureuse connaît parfaitement les exigences du très haut niveau. 

Un départ à vive allure sous une chaleur accablante

La chaleur pèse déjà. Les poches de glace dépassent des maillots. Il faut être prête immédiatement : après sept kilomètres se présente le col de la Grande Limite (6,6 kilomètres à 5 % de moyenne). "Beaucoup de filles vont vouloir partir. Certaines vont même chercher à prendre de l’avance pour rentrer dans les délais au sommet du Ventoux. Avec le vent, l’échappée aura du mal à sortir, mais ça va rouler très fort", prévient Magali dès le départ de l’étape. 

Après vingt kilomètres, au moment de notre pause déjeuner au bord de la route, Jeanne Korevaar (Liv AlUla Jayco) tente sa chance. Huit coureuses partent à sa poursuite et forment bientôt un groupe de neuf, à 120 kilomètres de l’arrivée. Une offensive de courte durée puisque trois kilomètres plus loin, elles ont déjà été reprises par l’avant-garde du peloton. 

Le rythme est élevé, mais l’homogénéité du peloton impressionne. À mi-course, presque personne n’est distancé malgré le col de la Grande Limite et le col du Colombier (3,1 kilomètres à 6,6 % de moyenne). Magali Le Floc’h y voit le résultat de la professionnalisation. "Il y a eu beaucoup de critiques et surtout de préjugés sur le cyclisme féminin. Aujourd’hui, le sujet, c’est davantage la performance. Le niveau se densifie parce que les équipes mettent les moyens pour accompagner les coureuses", explique-t-elle. Et le spectacle offert par les coureuses depuis une semaine lui donne raison. 

Une immersion au coeur de la course

À bord d’un véhicule "en course", le spectacle change sans cesse. Grâce aux raccourcis prévus sur le parcours, la voiture peut retrouver le peloton et, lorsque les écarts le permettent, se glisser entre l’échappée et les poursuivantes. Une position privilégiée qui permet de ressentir le rythme de l’épreuve plutôt que de simplement l’observer. À Malaucène, à quelques kilomètres de l’enfer du Ventoux, toute la ville au bord de la chaussée. 

Pour Magali Le Floc’h, pilote pour les invités E.Leclerc, cette ferveur raconte aussi le chemin parcouru : "Pour les gens, maintenant, c’est la même chose le Tour de France hommes et le Tour de France femmes avec Zwift. Il y a la caravane, le même modèle, et le grand public reconnaît les maillots puisque certaines structures ont une équipe masculine et une équipe féminine. Cela donne encore plus envie de s’y intéresser et de se passionner", se réjouit l’ancienne double championne de France. 

Le matin de l’étape, la consigne est claire : impossible pour les spectateurs d’accéder au mont Ventoux en voiture. Il faut poursuivre à pied ou à vélo. Pourtant, dès Saint-Estève, le pied du col est noir de monde. Magali Le Floc’h décide de nous arrêter quelques kilomètres avant le Chalet Reynard afin d’assister au passage des coureuses.

Le Ventoux, "un mur" qui n'en finit jamais

La pente dépasse par endroits les 13 % et ne redescend sous les 8 % de moyenne qu’après huit kilomètres d’ascension. "Ça n’en finit jamais. Avant même le pied, tu es déjà sur une pente moyenne assez importante. Puis, d’un coup, tu montes un mur. Et ce n’est pas un mur de 100 mètres : tu es encore à plus de quinze kilomètres de l’arrivée. C’est ça qui est flippant", explique l’ancienne double championne de France.

Contrairement aux attentes, le groupe de tête a déjà largement éclaté. Elles ne sont plus qu’une dizaine à l’avant, parmi lesquelles Marlen Reusser (Movistar), Katarzyna Niewiadoma (CANYON//SRAM) et Demi Vollering (FDJ United-SUEZ). Après le passage d’Émilie Morier, notre véhicule reprend sa progression.

La grimpeuse de St Michel-Preference Home-Auber 93 maintient encore une belle cadence. Plus haut, la voiture dépasse successivement Célia Géry, Juliette Berthet, Urška Žigart et Nienke Vinke. Certaines, déjà distancées, affichent un visage relativement détendu. Mais à mesure que la tête de course se rapproche, les traits se ferment.

Pauline Ferrand-Prévot peine à reprendre son souffle et se rafraîchit dès qu’un spectateur lui tend une bouteille d’eau. Noemi Rüegg, tout juste lâchée après un ultime relais pour sa leader Cédrine Kerbaol, affiche elle aussi les stigmates de l’effort. Magali Le Floc’h nuance cependant le rôle de la chaleur. "Même s’il fait chaud, la souffrance n’est pas vraiment liée au souffle. Elle est surtout musculaire. Et elles n’ont pas eu une journée fraîche de tout le Tour", explique l’ancienne professionnelle. 

Dans la pente, les visages se ferment

Au-delà de la forêt, le décor devient lunaire. Entre le Chalet Reynard et le sommet, 387 piquets jalonnent la route, chacun surmonté d’un drapeau E.Leclerc. Magali Le Floc’h avait prévenu. "C’est dur jusqu’au Chalet Reynard. Après, c’est plus facile pendant quelques minutes, mais ça redevient vite très difficile. Tu vois le haut, tu crois que l’arrivée est là, mais elle n’est jamais là. Et elles ont presque toujours le vent de face", raconte la 6e des Jeux olympiques de Sydney.

À hauteur du top 10, les dépassements deviennent impossibles. Le véhicule doit rester en retrait pour ne pas influencer le déroulement de la course. À quelques mètres seulement se joue alors une bataille acharnée sur les pentes du Ventoux. Marion Bunel, encore bien lancée, est reprise par Kim Le Court-Pienaar. La Française échoue aux portes du top 10, mais décroche une remarquable onzième place, à 5’38” de la gagnante.

Devant, Katarzyna Niewiadoma profite du marquage entre Marlen Reusser et Demi Vollering. La Polonaise s’impose au sommet et s’empare du maillot jaune. Là-haut, la violence de l’effort laisse peu à peu place aux sourires et aux accolades, sous les applaudissements nourris du public.