Europe 1 a testé la VAR : "Cette maîtrise de l’image, c’est un apprentissage"

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© OLI SCARFF / AFP
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C'est une première depuis son instauration : les médias ont pu visiter le centre opérationnel de l'Assistance vidéo à l'arbitrage.

La Ligue de football professionnel a ouvert aux médias, pour la première fois depuis sa mise en place il y a un an, le centre opérationnel de la VAR. Un lieu, tenu secret dans Paris, qui centralise grâce à plus de 60.000km de câbles fibrés, les images de tous les stades de Ligue 1. Notre reporter s’est mis dans la peau d’un homme en noir.

"Julien, le but doit-il être validé ?" "Oui, Rémy Cabella la touche du menton et non du bras". Micro casque sur la tête, deux écrans d’ordinateurs en face, deux écrans à gauche pour garder un œil sur le direct, deux autres à droite pour l’opérateur qui fournit les images. On doit valider ou non le but du joueur de Saint-Etienne (Nantes-Saint-Etienne du 31 janvier 2019, ndlr).

Main pas main de l’ex-attaquant stéphanois, hors-jeu ou pas hors-jeu ? L’arbitre international Johan Hamel pose les questions qu’il poserait aux arbitres présupposés à la VAR. A droite, Simon, opérateur qui se charge de l’aspect technique, propose différents angles de vue pour aider à la prise la décision.

"Nous ne sommes pas là pour ré-arbitrer notre collègue, ça doit être sa décision", précise à Europe 1 Johan Hamel. Pascal Garibian va bien sûr dans ce sens. "La vidéo doit intervenir si et seulement si la décision est clairement erronée, si les images prouvent de manière irréfutable que la décision terrain n’est pas la bonne. Notre challenge pour nos arbitres, c’est de continuer à arbitrer normalement, de ne pas compter sur la vidéo quand ils prennent des décisions."

1min30 pour valider le but, dans les standards de la LFP

En tout, il a fallu plus d'une minute trente pour valider, à raison, le but de Saint-Etienne. En conditions réelles, le visionnage (analyse de la VAR avec modification de la décision initiale) prend en moyenne un minute et trente-huit seconde aux "vrais" arbitres. Le visionnage terrain (quand l’arbitre va voir son écran de contrôle, ndlr), une minute supplémentaire en moyenne.

"Moins d’une minute, c’est l’arrêt de jeu normal", rappelle l’arbitre international français Johan Hamel à Europe 1. "Avec la DTA (Direction technique de l’arbitrage, ndlr), on travaille pour optimiser notre temps de contrôle d’une situation. Je comprends l’agacement des supporters, mais vaut mieux prendre des fois 10, 15 secondes de plus, avoir un check complet et prendre la bonne décision plutôt que d’aller trop vite et de louper l’essentiel."

La VAR, apprentissage et couacs

Et malgré l'expérience, la concentration, des stages de formation à la VAR, les arbitres peuvent se tromper. Après 12 journées de Ligue 1 (la dernière n’a pas été prise en compte, ndlr), sur les 343 buts inscrits, 306 ont eu le droit à un contrôle (situation fait objet du contrôle de la VAR sans modification de la situation initiale, ndlr), 11 ont été visionnés (analyse VAR avec modification de la décision initiale, ndlr) et 26 ont eu le droit à un visionnage terrain, donc de l’arbitre. Et bien malgré cela, il y a des ratés. Le dernier en date, le pénalty accordé à Marseille contre Lyon dimanche dernier. Le milieu de terrain Morgan Sanson avait préalablement touché le ballon avec la main, avant qu’un joueur de Lyon en fasse de même. Un penalty avait alors été sifflé en faveur de l’OM.

"En toute transparence, les lois du jeu considèrent que c'est une main en phase offensive d'un attaquant, qui doit être sanctionnée et le penalty aurait dû être annulé", concède à Europe 1 le patron de l’arbitrage français Pascal Garibian. "C’est un apprentissage, cette maîtrise de l’image. En l’espèce, la situation du penalty a été analysé, a été contrôlé et pas remonté. C’est une situation complexe. C’est un plan (de caméra, ndlr) qu’il fallait trouver, et qui malheureusement, a été vu bien trop tard."

Malgré l’aide technologique, entre 10 (matches du samedi soir) et 17 (pour les affiches) caméras différentes, l’erreur humaine est possible. L’assistant à la VAR demande une grande concentration. "De la première à la dernière seconde, le but de la mission, c’est de se mettre dans une bulle, d’être en pleine concentration et en pleine conscience pour pouvoir intervenir sur des situations qui ne sont pas prévues", explique Johan Hamel. "Car si on se laisse ‘endormir’ par le rythme du match, c’est le risque de passer à côté de quelque chose."

Le centre opérationnel tenu secret

Plus d'un an après son entrée en vigueur, le VAR  est encore largement perfectible. Malgré les efforts de pédagogie de la Ligue et du corps arbitral, une bonne partie des supporters ne l'ont pas encore adopté. Le Front anti-VAR se fait entendre sur les réseaux sociaux. Les déclarations de Pascal Garibian sur penalty marseillais eu un écho certain sur Twitter.

Pour éviter justement des représailles de la part des mécontents de l’assistance vidéo, la Ligue a tenu à ce que le lieu du centre opérationnel reste confidentiel.

Europe 1
Par Julien Froment, édité par Benjamin Bonneau