ÉDITO - Une finale de Ligue des champions à New York ? "Si on veut en finir avec le sport populaire…"

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L'éventualité d'une finale de la Ligue des champions en 2024 aux États-Unis ne satisfait pas du tout Virginie Phulpin, éditorialiste sport d'Europe 1. Cela revient selon elle à matérialiser le fossé qui se creuse entre le football moderne et ses supporters, de plus en plus considérés comme des consommateurs.
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La finale de la Ligue des champions 2024 pourrait ne pas avoir lieu dans une ville européenne mais à New York, l’UEFA réfléchissant à une délocalisation de l'ultime match de la reine des compétitions de clubs. Une hérésie d'un point de vue géographique, car les États-Unis n'ont aucun club engagé en C1. Et une offense supplémentaire faite aux supporters de football, analyse mardi l'éditorialiste sport d'Europe 1 Virginie Phulpin, très critique de ce fossé croissant entre les instances comme l'UEFA et le public.

"À force de chercher un nouveau public, les instances du foot vont finir par perdre l’ancien. Jamais la finale de la Ligue des champions ne s’est jouée ailleurs qu'en Europe. Il faut dire que c’est une compétition européenne, donc c’est assez logique. Alors là, New York, ce serait une petite révolution.

Le but de la manœuvre, c’est que le football puisse conquérir de nouveaux territoires. C’est une obsession. Ça se comprend quand on parle d’une Coupe du monde. C’est mondial, on cherche à y associer la planète entière, normal. On l’organise même dans des régions où le foot ne passionne pas grand monde. Les Etats-Unis, déjà, en 1994, le Qatar en 2022. Là, j’arrive à suivre ce qui se passe.

Mais la finale de la Ligue des champions ? C’est aussi ridicule que si on faisait jouer la finale du Super Bowl à Paris, non ? Vous avez deux équipes européennes, elles s’affrontent dans le match le plus attendu de l’année, et vous mettez un océan entre ces équipes et leurs supporters… Le pire, c’est que ça n’est même pas une image. Si on voulait matérialiser le fossé qui se creuse entre les fans et leur passion, on ne s’y prendrait pas autrement. En fait, on ne parle pas de foot. On parle de marketing et de partenaires commerciaux. Je ne suis pas sûre que ce soit un si bon calcul pour l’UEFA.

Cela ressemble plutôt une vision à court terme.

Au bout d’un moment, il n’y aura plus de supporters à ce rythme-là. Imaginez, vous êtes fan d’un grand club européen qui joue cette Ligue des champions tous les ans. Les prix des abonnements au stade ont déjà explosé, ça vous coûte très cher, il y a beaucoup de gens qui font de vrais sacrifices pour leur passion. Si vous voulez suivre votre équipe à la télé aussi, pour les matches à l’extérieur, il vous faut trois abonnements payants pour ne rien rater. Et là, on envisage d’ajouter un billet d’avion pour New York en 2024. Si on veut en finir avec le sport populaire, autant le dire tout de suite.

Le problème c’est qu’une passion comme le foot, ça se transmet, à nos enfants, à nos amis. Mais comment fait-on pour transmettre une passion quand les matches deviennent aussi inaccessibles ? Et puis dans la série court terme, l’UEFA s’est engagée à planter 600.000 arbres dans les 12 pays organisateurs de l’Euro 2020, pour compenser les émissions de carbone générées par l’organisation et les supporters pour se rendre aux matches. Mais alors là, avec une finale à New York, combien d'arbres faudra-t-il planter ?

Europe 1
Par Virginie Phulpin