EDITO - "Jo-Wilfried Tsonga envisage la fin de sa carrière… et nous laisse un goût d’inachevé"

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Jo-Wilfried Tsonga à Wimbledon en 2017 2:23
Jo-Wilfried Tsonga à Wimbledon en 2017 © Oli SCARFF / AFP
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Jo-Wilfried Tsonga a été contraint à l'abandon mardi au 1er tour de l'Open d'Australie, victime d'une douleur au dos qui, de son propre aveu, pourrait mettre des années à disparaître. Il commencerait même à envisager la fin de sa carrière sportive. Pour notre éditorialiste Virginie Phulpin, cela laisserait aux amateurs un goût d'inachevé. 
EDITO

Blessé au dos, Jo-Wilfried Tsonga a déclaré forfait mardi au premier tour de l’open d’Australie de tennis. Il avoue à demi-mots commencer à envisager la fin de sa carrière. Finaliste de l'Open d'Australie en 2008, l'ex-n°4 mondial a eu une carrière très perturbée par les pépins physiques. Son forfait est d'autant plus décevant qu'il était en train de retrouver le haut niveau après une année 2018 blanche en raison d'une opération au genou gauche. Pour notre éditorialiste Virginie Phulpin, une fin de carrière anticipée laisserait aux amateurs de tennis un goût d’inachevé. 

"Vous souvenez-vous de Jo-Wilfried Tsonga en finale de cet open d’Australie ? C’était hier. Enfin non, c’était il y a 12 ans déjà. Le temps a filé, et ce flash-back fait mal tant il symbolise nos espoirs déçus. 2008, c’était sa première finale d’un tournoi du Grand Chelem, il avait 22 ans, et on voyait déjà le monde du tennis à ses pieds. Tsonga, on lui trouvait des airs de Mohamed Ali, un peu de son punch aussi, et ce grand sourire prêt à dévorer des trophées comme Rafael Nadal à chaque victoire. On a choisi de ne voir que ses forces, et pas ses faiblesses, physiques notamment, parce qu’on avait besoin de rêver.

On avait besoin de croire qu’on avait réussi à dénicher le successeur de Yannick Noah alors qu’on cherchait encore le nouveau Zidane. C’est notre manie, de chercher les copies conformes de nos héros du sport. Peu importe que Tsonga ait perdu cette finale contre Novak Djokovic, on le tenait notre crack, et il aurait bien d’autres occasions de nous offrir un sacre suprême. Oui, c’est ce qu’on croyait. C’est ce qu’on voulait croire.

2008, c’était sa première finale d’un tournoi du Grand Chelem, mais c’était aussi sa dernière. On n’était pas prêts à avoir le meilleur pour le début. Il y a eu d’autres coups d’éclat évidemment. Cinq demi-finales dans les tournois majeurs, à Roland-Garros, Wimbledon et Flushing Meadows. Mais plus jamais ce frisson de la dernière marche.

Une éventuelle fin de carrière... ou pas

Jo-Wilfried Tsonga n’a pas dit qu’il allait arrêter dans les mois qui viennent. Mais le joueur va avoir 35 ans en avril et il a cette blessure récurrente au dos. Donc une chose est sûre, on ne le reverra plus en finale de Grand Chelem. Et ça fait mal, oui. Pour moi il est aussi le symbole d’une génération qui n’est pas allée au bout des espoirs placés en elle. Tsonga, il faisait partie de ceux qu’on appelait les nouveaux Mousquetaires, avec Monfils, Simon et Gasquet.

Une génération aussi dorée que l’avenir qu’on imaginait pour elle. Forcément il y avait un peu de chauvinisme là-dedans. On les a peut-être vus un peu plus beaux qu’ils n’étaient. Mais surtout, ils n’ont pas eu de chance. Quand vous tombez sur la génération Federer, Nadal et Djokovic, vous ramassez les miettes, il n’y a rien d’autre à faire. Donc on va se demander encore longtemps ce que ça aurait donné sans ce trio infernal. On n’aura jamais la réponse, ça ne sert absolument à rien, à part à tourner en boucle avec nos regrets éternels."

Europe 1
Par Virginie Phulpin