Visite d'un foyer pour jeunes filles victimes d’inceste : "les protéger" et libérer la parole

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La Maison Jean Bru d'Agen est un lieu d'accueil pour les victimes d'inceste. 1:40
La Maison Jean Bru d'Agen est un lieu d'accueil pour les victimes d'inceste. © Pascal POCHARD-CASABIANCA / AFP
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Une commission dédiée entre autres au recueil de la parole des victimes d'inceste sera présidée par Elisabeth Guigou, ancienne ministre socialiste de la Justice, a annoncé le secrétaire d'Etat à l'enfance, lors d'une visite commune à Agen de la Maison Jean Bru, un foyer qui accueille les jeunes filles et femmes victimes depuis 1996. Europe 1 les a rencontrées.
REPORTAGE

"Notre premier objectif, quand les jeunes filles arrivent, c'est de les protéger". Les protéger de leur entourage, poursuit William Touzanne, directeur de la maison Jean Bru, à Agen, qui accueille 25 jeunes filles victimes d’inceste de 10 à 21 ans. Elisabeth Guigou et Adrien Taquet y étaient ensemble jeudi. L'ancienne garde des sceaux socialiste présidera en effet la future commission sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, a annoncé à cette occasion le secrétaire d’Etat à l’Enfance. Le recueil de la parole des victimes pour une meilleure connaissance de l’inceste sera notamment au centre des travaux de cette commission. 

La maison Jean Bru, lieu unique en France, maison associative, donc privée, accueille des jeunes filles victimes d’inceste depuis 1996. Elles viennent de toute la France, envoyées par décision du juge, pour une durée de 2 à 3 ans. Un lieu qui ouvre très rarement ses portes, mais qu'Europe 1 a pu visiter pour y rencontrer des résidentes.

Reprendre petit à petit une vie normale

Ici, et on y tient, chacune a sa chambre individuelle. Ophélie, 15 ans, vient d’arriver il y a 15 jours. "Je me sens bien parce que j'ai mon intimité, j'ai ma salle de bain. Au début c'était un peu compliqué parce que je suis à 950km qui me séparent de chez ma maman..." En pleine procédure judiciaire, Ophélie ne peut donner les détails de son histoire. Tous les contacts avec sa mère sont décidés par un magistrat et leurs appels encadrés par un référent. Ici, des éducateurs sont présents 24 heures sur 24. Mais l’idée, dans cette maison, est aussi de reprendre petit à petit une vie normale. Dès janvier, Ophélie ira donc au lycée.

Libérer la parole 

Un endroit qui a été salvateur pour Angélique, 32 ans, abusée enfant par son beau-père. "J'ai été victime de 7 ans à 9 ans, et j'ai été placée sur suspicion. J'ai révélé ce qui m'était arrivé quand j'avais à peu près dix ans. Donc cela faisait un an que j'étais à la maison d'accueil, où je me suis rendue compte au travers de discussions avec d'autres jeunes filles, que ce qu'elles subissaient, c'était aussi ce que je subissais."

Angélique est désormais maman de deux enfants. Et elle accompagne les jeunes filles de la maison, en partageant son expérience.

Europe 1
Par Virginie Riva, édité par Séverine Mermilliod