Violences conjugales : "Si on ne part pas, c'est parce qu'on n'a pas le choix"

  • A
  • A
© AFP / Xose Bouzas
Partagez sur :
Wendy Bouchard recevait samedi soir Charlotte, une ex-victime de violences conjugales. Cette dernière a évoqué son calvaire et appelle le gouvernement à prendre des mesures plus fortes, une semaine après la marche organisée par le collectif #NousToutes contre les violences faites aux femmes.
INTERVIEW

Le 23 novembre, près de 50.000 personnes ont défilé dans les rues de Paris à l'appel du collectif #NousToutes contre les violences faites aux femmes. Deux jours plus tard s'achevait le Grenelle contre les violences faites aux femmes, mis en place par le gouvernement. Ce samedi soir dans "On refait l'actu", sur Europe 1, Wendy Bouchard recevait Charlotte,  ex-femme battue, victime de violences conjugales et sortie de son supplice il y a 4 ans.

L'ex-compagnon de Charlotte la battait et l'isolait pour mieux étendre son emprise sur elle. Il a, depuis, été condamné. Elle, s'est tournée vers les associations pour essayer de se reconstruire, sinon elle serait "dans une tombe", dit-elle froidement aujourd'hui. Charlotte vit dans un logement fourni par une association d'aide aux victimes de violences conjugales, en attendant d'avoir son propre logement, quand elle en aura la force.

"4 ans après, je n'arrive pas toujours à voir un médecin homme"

Elle paye un loyer à l'association qui l'héberge : "Dès qu’on a un revenu supérieur à 300 euros, on paye 10% de nos revenus à l'association. De cette manière, on se sent impliquées même si on ne donne que 50 ou 60 euros parfois. On se sent vraiment chez nous". Pour elle, c'est une aubaine comparé aux centres d'hébergement d'urgence.

"Dans les centres d’hébergement, on peut passer une nuit mais le lendemain, il faut partir. Nous voulons plus de sécurité. Juste une chambre, déjà, pour nous, c’est un palace ! Certains centres d’hébergement sont mixtes en plus et on se retrouve mélangées avec des alcooliques, des toxicomanes... On ne se sent pas en sécurité. On veut des centres d’hébergement non-mixtes car on a peur des hommes, on a vécu l’horreur. Aujourd’hui, quatre ans après être sortie du calvaire, je n’arrive pas toujours à voir un médecin homme".

Au travail, aujourd'hui, Charlotte se sent mieux dans son rapport aux hommes même si des séquelles irréversibles persistent : "Au travail, oui, ça se passe bien. Je n’ai aucun problème même si parfois des souvenirs reviennent et alors c’est un peu plus compliqué. J’ai des marques sur le corps, des cicatrices. Avec le temps, je m’y habitue mais parfois en les voyant je me mets à pleurer. Ça m’arrive souvent".

"Nous voulons de vraies structures, pas des centres d'hébergement d'urgence"

Le Grenelle contre les violences conjugales, initiative gouvernementale pour apporter des réponses concrètes aux victimes, s'est achevé le 25 novembre. Parmi les mesures, le gouvernement a annoncé par exemple 250 places supplémentaires pour les femmes battues dans les associations. Pour Charlotte, les mesures annoncées sont insuffisantes : "Le gouvernement annonce des choses qu’il y avait déjà les années précédentes, avec quasiment le même budget, et ils ne vont pas faire d’autres structures. Nous ne voulons pas des centres d’hébergement d’urgence, nous voulons des vraies structures".

De la même manière, elle appelle à ce que les professionnels concernés "soient formés" pour traiter les violences conjugales. Il ne faut pas juste "qu'il y ait une formation d'une heure ou deux, c'est plus compliqué que ça". "Si on ne part pas, c’est parce qu’on n’a pas le choix, on ne sait pas où aller. Le gouvernement n’a pas pris compte de ça", explique-t-elle encore.

Prochain objectif pour Charlotte, qui poursuit sa reconstruction : s'impliquer dans une association pour à son tour aider des femmes victimes de violences conjugales. "Quand j’aurai mon propre logement, j’ai discuté avec une association pour faire partie du conseil d’administration. Ça me tient à cœur".

Europe 1
Par Maxime Dewilder