9 femmes sur 10 veulent que les maisons de naissances se multiplient en France

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Des femmes ayant accouché au sein de la maison de naissance de Bourgoin-Jailleu, l'un des huit établissements ouvert à titre expérimental, en France, en 2015.
Des femmes ayant accouché au sein de la maison de naissance de Bourgoin-Jailleu, l'un des huit établissements ouvert à titre expérimental, en France, en 2015. © Jean-Philippe Ksiazek, AFP
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Alors que l'expérimentation, démarrée en 2015, d'ouvrir huit maisons de naissances en France, devrait prendre fin dans quelques mois, le Sénat dépose mardi une proposition de loi pour généraliser ces établissements dans le pays. 
REPORTAGE

Les femmes veulent accoucher autrement. Neuf femmes sur dix voudraient en effet, selon un sondage Ipsos publié récemment, que les Maisons de naissance se multiplient en France. Une femme sur cinq aimerait même y accoucher. Des maisons leur permettant d'accoucher comme elles le souhaitent, et pas automatiquement à l'hôpital. Alors que le pays n'en compte à ce jour que huit, ses voisins européens sont bien plus en avance. L'Angleterre en recense pas moins de 169, et il en existe une centaine en Allemagne. Les huit Maisons de naissance, actuellement ouvertes en France, étaient une expérimentation démarrée en 2015, laquelle devrait prendre fin dans quelques mois. Mais une proposition de loi est déposée mardi au Sénat pour généraliser ces établissements partout en France.

"Liberté de choisir"

Si ces Maisons de naissances sont tant plébiscitées, c'est notamment parce qu'on y laisse, aux mères, "la liberté de choisir la position dans laquelle elles se sentent le mieux" pour accoucher, explique Margot Dassieu au micro d'Europe 1. Elle même a accouché dans la seule Maison de naissance de Paris. "Et ce n'est quasiment jamais sur le dos", précise-t-elle, en référence aux salles de naissances des hôpitaux.

Les salles de naissances telles qu'elles sont constituées à l'hôpital, d'ailleurs, n'existent pas dans les Maisons de naissance. Baignoire, grand lit deux places, de l'espace au sol pour les femmes choisissant d'y accoucher... Tout y est fait pour laisser le choix aux mères d'accoucher comme elles le souhaitent. Et de plus en plus, celles-ci se rendent compte qu'il est bien plus naturel et bien moins douloureux d'accoucher debout, ou à quatre pattes, et ce, même sans péridurale. Technique qui n'est d'ailleurs pas pratiquée dans les Maisons de naissance.

À côté des chambres de la Maison de naissance, une porte sépare la maternité d'un bloc opératoire, en cas de problème. La sécurité y est donc maximale. En outre, les 500 femmes qui accouchent en moyenne chaque année dans ces Maisons de naissance présentent des grossesses sans complication.

Une Maison de naissance coûte 170.000 euros à l'ARS

Si l'obstacle premier à l'ouverture de Maisons de naissance est financier - une Maison de naissance coûte 170.000 euros aux autorités de santé -, un deuxième frein vient, lui, des gynécologues. Il n'y a pas de médecin dans les Maisons de naissance. Les accouchements qui y sont suivis, sont autant d'actes médicaux rémunérés qui leur échapperaient. Mais il existe aussi un blocage d'ordre culturel. La grossesse a été médicalisée de façon croissante, en France, depuis les années 1950, étant vue comme un risque davantage que comme une réelle expérience de vie.

Pourtant, pour celles qui ont expérimenté les deux options, il n'y a pas à tergiverser. "On passe dans des hôpitaux où il y a énormément d'accouchements : il faut aller, vite, c'est l'industrie des bébés, on est comme des voitures qu'il faut produire à la chaîne. Et après, on nous dit 'rentrez chez vous votre bébé est en bonne santé, au revoir madame'", déplore Camille, pour qui il est dommage de se priver de l'expérience de la Maison de naissance. Celle-ci dit regretter les discours fatalistes, résignés de ses amies qui démontrent une acceptation de l'accouchement qui se passe mal. "Le but est d'avoir un enfant en bonne santé", dit-elle, "mais on peut avoir un enfant en bonne santé, et un bon accouchement."

Europe 1
Par Victor Dhollande, édité par Pauline Rouquette