Un enseignant en colère publie une BD après le suicide d’un collègue

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Enseignant et auteur de BD, Christophe Tardieux est revenu mardi au micro d'Europe 1 sur la publication d'une BD qui raconte le suicide d'un collègue, survenu il y a dix jours dans le Val-d'Oise.  
INTERVIEW

"Être enseignant en 2019, c'est aussi ça" : un professeur des écoles a publié il y a quelques jours sur Facebook une mini-BD en réaction au suicide d’un enseignant, le 15 mars dernier, à Eaubonne, dans le Val-d’Oise. "C’est le genre d’affaire qui touche, qui interpelle, en tant que collègue mais aussi en tant qu’être humain", a confié sur Europe 1 mardi Christophe Tardieux, alias Remedium, l'auteur de la BD.

Jean Willot, 57 ans, s’est donné la mort après avoir été l’objet d’une plainte pour "violences aggravées sur mineurs" par un parent d’élève. Il était accusé d’avoir réprimandé un élève de CP. Et comme il l’a expliqué dans une lettre, il n’a pas supporté de telles accusations. Christophe Tardieux, qui enseigne à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, a voulu "mettre des mots sur cette histoire afin qu’elle ne tombe pas dans l’oubli", en dessinant les 18 cases de cette BD en libre-accès sur sa page Facebook.

"Brider la parole des enseignants"

Il y raconte les rapports difficiles que peuvent parfois entretenir les enseignants avec les parents, et leur perte de légitimité. "L’idée, c’était de montrer tout le cheminement qui peut conduire un homme à aller vers une telle extrémité (le suicide), et la perte de repères qui peut conduire les gens, et notamment les parents d’élèves, à remettre systématiquement en question la posture d’un enseignant et de tout ce qui peut représenter l’État, le savoir, la culture...", a relevé l’auteur au micro de Matthieu Belliard, en précisant que "si une grande majorité garde confiance en l’école, il y a parfois une minorité agissante qui peut polluer le climat général".

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Dans ces quelques cases dessinées, Remedium dénonce aussi l’attitude de l’Éducation nationale face à de telles situations, notamment en muselant les professeurs… Cette critique fait écho au mouvement #PasDeVague lancé par les enseignants en octobre dernier.

"C’est une habitude, un réflexe quasi systématique dans ce genre d’affaires : une des premières consignes est de ne pas parler, pour ne pas ébruiter l’affaire. Ça peut être pour de bonnes raisons, comme ne pas propager de rumeurs, mais c’est surtout pour brider la parole des témoins, des enseignants et aussi des parents qui peuvent parfois en souffrir. Donc on met un peu sous le tapis pour continuer à fonctionner normalement, comme si rien ne s’était passé", dénonce Christophe Tardieux. Dans le cas du suicide de Jean Willot, l'établissement scolaire avait en effet demandé aux professeurs de ne pas parler à la presse.

80.000 partages sur Facebook 

Signe d'un intérêt manifeste, la BD Cas d’école, l’Histoire de Jean a été partagée à ce jour plus de 80.000 fois sur Facebook. "C’est révélateur d’une certaine souffrance, car chacun a pu se reconnaître dans cette histoire (…) Les retours sont très divers mais, pour certains personnels de l’Éducation nationale, ça leur a rappelé des choses. Ils ont vécu des situations similaires (…) qui témoignent du délitement qu'il peut y avoir entre parents et école, mais aussi entre l’école et sa hiérarchie", raconte Christophe Tardieux. Une pétition a par ailleurs été lancée sur Internet pour interpeller les ministres de la Justice et de l’Éducation nationale sur cette affaire. Mardi soir, elle avait récolté près de 5.000 signatures. 

Europe 1
Par Mathilde Belin