Une omerta règne dans toutes les religions sur ces thérapies. (Photo d'illustration) 3:00
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Justin Morin, édité par Ugo Pascolo , modifié à
C'est une pratique qui date d'un autre temps mais qui existe encore en France : les thérapies religieuses de conversion pour "guérir" de l'homosexualité. Alors que deux députés veulent les faire interdire sur le territoire, Europe 1 a mené l'enquête sur un phénomène difficilement quantifiable.
ENQUÊTE EUROPE 1

C'est une pratique qui a l'habitude de passer sous les radars médiatiques. Peu connues, presque impensables dans un pays où le mariage entre personnes du même sexe est autorisé, les thérapies de conversion pour "guérir" de l'homosexualité existent pourtant en France. Alors que deux députés, dont Laurence VanCeunebrock-Mialon (LREM), veulent les faire interdire, Europe 1 a enquêté sur ces pratiques proposées par certaines religions.

Pour bien comprendre en quoi consistent ces "thérapies", notre reporter a rencontré Kaylé, un jeune homme dont la mère l'a forcé à subir ces pratiques pendant cinq ans. "Le jour qui m'a le plus marqué était celui où il y avait un pasteur 'latino'. Je fais un pas dans l'église et tout de suite il crie dans son micro que j'ai le démon de l'homosexualité en moi. Il me dit d'avancer devant tout le monde, me déshabille, me met nu, me verse du sel sur le corps, et prie", explique le jeune homme au micro d'Europe 1. "Ça a duré cinq bonnes minutes. J'étais comme ça, nu, devant tout le monde".

Si le pasteur a depuis quitté la France, et est donc introuvable, sa remplaçante assure qu'elle qu'elle ne fait pas ce genre de chose, mais quand la question porte sur ses collègues, elle ne veut pas répondre. Une omerta présente dans toutes les religions qui rend difficilement quantifiable le phénomène. Mais l'association Refuge, qui s'occupe des victimes de ces thérapies, assure recevoir chaque mois deux à trois appels liés à ces pratiques. 

Des électrochocs pour "convertir" les jeunes homosexuels

Si elles sont appelées thérapies, à aucun moment la médecine n'est évoquée pendant ces pratiques : tout se fait de manière insidieuse. On parle d'un "séminaire", on glisse le nom d'un imam, d'un pasteur, ou même d'un psychiatre qu'il serait bon de rencontrer. Et c'est justement ça que dénonce la députée Laurence VanCeunebrock-Mialon. "Il y a une clinique privée du sud de la France dans laquelle un ou deux psychiatres continuent de pratiquer la sismothérapie, des électrochocs, sur les jeunes homosexuels", affirme-t-elle au micro d'Europe 1.

"Ça paraît complètement fou qu'à notre époque on pratique encore ce genre de choses. Les thérapies de conversions ne sont pas abordées dans le Code pénal, et il est donc nécessaire d'y remédier", explique la députée. Car inscrire ces thérapies permettrait de faciliter les dépôts de plainte qui sont aujourd'hui très rares. Un pas en avant qu'attend également la Miviludes, la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, qui lance un appel à témoignage pour enfin mettre un terme à ces pratiques moyenâgeuses.