Ce mardi, 54 départements seront en vigilance rouge canicule, 35 en vigilance orange. Plusieurs records de températures ont été battus ce lundi et cela devrait se poursuivre sur une bonne partie de la semaine. Météo France a d'ailleurs indiqué que cette canicule peut être comparable à celle de l'été 2003. Comment les Français ont vécu cet épisode historique de chaleur ?
Le thermomètre continue de grimper partout en France. Selon les informations de La Chaîne Météo, plus de 30 records de températures ont été battus dès 15h. Et cela devrait se poursuivre. Météo France a estimé que cette canicule peut être comparable à celle de 2003. Mais que s'est-il réellement passé lors de cet été, il y a bientôt 23 ans ?
#Chaleur : Quelques #records déjà battus à 15 h cet après-midi parmi plus de 30 records absolus et 300 records mensuels 🌡️A noter le record de Paris (37,6°C en 1947) battu avec 38,3°C (provisoire) 📈 pic.twitter.com/WvdwpP12N1
— La Chaîne Météo (@lachainemeteo) June 22, 2026
Un anticyclone qui stagne au-dessus de l'Europe de l'Ouest
Fin juillet 2003, l'Europe et la France sont au cœur de l'été. Les températures sont estivales, les Français profitent des vacances, tout comme les membres du gouvernement. Il fait chaud, mais cela n'inquiète pas encore la population. Pourtant, des signes montraient que l'été risquait d'être rude. Au printemps 2003, les températures étaient largement au-dessus des normales de saison et il n'avait quasiment pas plu.
Le 1er août, un anticyclone se positionne et stagne au-dessus de l'Europe de l'Ouest. L'air chaud du Sahara est aspiré et au fur et à mesure, les températures augmentent et ne redescendent pas sous les 25°C la nuit, ce qui va mettre les organismes à rude épreuve. Le 4 août, il fait plus de 35°C dans les plus grandes villes du pays et sur la majeure partie du territoire. La barre des 40°C est dépassée dès le 6 août.
Les incendies se déclarent dans le sud de la France, mais pour le moment, rien ne montre qu'il faut s'inquiéter. Les Français se disent que c'est un été chaud mais sans plus. Mais ce n'est que le début. Certaines centrales nucléaires, incapables de refroidir leurs cœurs, doivent ralentir leur production.
"On va laisser ce phénomène perdurer ?"
À partir du 8 août, les records absolus de chaleur tombent les uns après les autres. Il n'y a pas de vent pour rafraîchir les maisons et appartements dont les murs sont brûlants et conservent la chaleur. C'est à partir de ce moment que les hôpitaux commencent à voir arriver des centaines de personnes totalement déshydratées.
Les services d'urgence et les pompiers commencent à être dépassés par le nombre d'appels, la place et les moyens manquent pour soigner les patients. Rapidement, des premières victimes sont à déplorer. Le 10 août, le président de l'Association des médecins urgentistes de France, Frédéric Pelloux, alerte sur le nombre impressionnant de morts dû à la canicule, une "cinquantaine en quatre jours". Il parle même à l'époque d'une "catastrophe sanitaire".
"On va laisser ce phénomène perdurer ? Le problème est bien réel, nous avons des malades qui sont en train de mourir, qui meurent peut-être plus tôt que ce qu'ils devraient, mais ils n'auraient pas dû mourir". Pour le moment, aucun bilan officiel n'est publié, chaque département gère la situation, rien n'est centralisé, aucune décision nationale n'a été prise.
Une réponse politique inexistante
Cette situation extraordinaire va se transformer en débat politique. L'opposition dénonce l'inaction du gouvernement qui continue de minimiser la situation dans les hôpitaux. Pourtant, les morts sont de plus en plus nombreuses. Face à cette pression, le gouvernement se décide enfin à répondre.
Le 11 août, le ministre de la Santé de l'époque, Jean-François Mattei, prend la parole sur TF1 depuis sa maison de vacances. Il continue de minimiser la situation, affirmant même qu'elle est sous contrôle, sans pour autant la connaître réellement puisque aucune statistique ne remonte jusqu'à son ministère.
La canicule fait désormais la Une de tous les journaux. Sur le terrain, les pompes funèbres déclarent constater un afflux important de défunts. Selon les informations du Parisien de l'époque, il n'y a plus aucune place de disponible dans les morgues d'Île-de-France.
Le 14 août, le Premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, préside une réunion de crise et les premiers chiffres officiels tombent : entre 1.500 et 3.000 décès seraient liés à la canicule. Un hangar réfrigéré du marché de Rungis est même utilisé pour installer une morgue provisoire. Le 15 août, une vague d'orages touche le pays et les températures baissent instantanément. Entre le 14 et le 17 août, elles chutent de 10 à 15°C par endroit.
"Il y avait un manque de solidarité et de vigilance à l'égard des plus fragiles d'entre nous"
Le président de la République, Jacques Chirac, ne revient de vacances que le 21 août. Après le Conseil des ministres, il se présente devant les médias. Le chef de l'État reconnaît les défaillances de l'État : "Notre système de santé publique, malgré le dévouement exceptionnel des personnels, a montré des insuffisances auxquelles il doit être immédiatement remédié".
Jacques Chirac pointe également la société dans son ensemble pour sa responsabilité sur l'isolement des plus âgées et appelle à la solidarité : "Nous avons bien vu qu'il y avait un manque de solidarité et de vigilance à l'égard des plus fragiles d'entre nous". Le président demande des mesures politiques immédiates.
Une mission d'enquête parlementaire est ordonnée. Elle sera chargée d'enquêter et de mettre en lumière l'ensemble des dysfonctionnements. Le Plan Canicule national est créé à l'automne 2003 et la journée de solidarité est créée.
Comme l'a dit le chef de l'État, cette canicule qui a touché la France lors de la première quinzaine du mois d'août a fait plus de 19.000 victimes dans l'Hexagone, selon les chiffres de l'Inserm et de Santé publique France, plus de 70.000 partout en Europe. Plus de 80% étaient des personnes de plus de 75 ans.