Sophie est parvenue à vaincre ses migraines : "Il faut une envie féroce de s'en sortir"

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Sophie est parvenue à se libérer de ses migraines, après en avoir trouvé l’origine. Selon elle, ses migraines étaient liées à l’abandon de ses parents, qu’elle a découvert tardivement. Au micro de "La Libre antenne", sur Europe 1, Sophie raconte son sevrage de médicaments et son cheminement thérapeutique.
TÉMOIGNAGE

Depuis qu’elle était enfant, Sophie souffrait de fortes migraines. Elle prenait alors jusqu’à huit médicaments par jour pour calmer ses maux qui duraient pendant plusieurs jours. Sophie est parvenue à vaincre ses migraines, après en avoir trouvé l’origine. Elle a appris tardivement qu’elle avait été élevée par une nourrice jusqu'à ses deux ans. Selon elle, ce traumatisme dû à l'abandon de ses parents était à l’origine de ses maux. Sur "La Libre antenne ", Sophie raconte comment elle est parvenue à se libérer de ses migraines, en passant par un parcours thérapeutique et un sevrage de médicaments.

" J’ai 65 ans. J'ai le souvenir d'une de mes premières migraines, j'avais quatre ans. Je m'en souviens parce que c'était jour de la première communion de ma sœur. Ma maman m'a prise dans ses bras et m’a mise dans mon lit alors qu’on déjeunait tous ensemble. J'ai des souvenirs de migraines horribles, surtout le dimanche. J'habitais en appartement et je regardais souvent la télé. J'avais très mal la tête en fin de journée. Ça s'est aggravé au fil des années, sauf pendant mes grossesses, où j'avais du répit, je n'avais plus mal à la tête. C'était formidable. 

" La migraine arrive parce qu'on a vécu un choc "

Je ne savais pas pourquoi j'avais ces migraines. Le jour de mes 43 ans, j'ai appris par une de mes tantes, que j'avais passé les deux premières années de ma vie chez une nourrice et que je n'avais pas été élevée par mes parents. Je pense que ça a dû être le traumatisme de base, le déclencheur de cette migraine. J’ai beaucoup étudié le sujet et j'ai réalisé qu’il y avait toujours une cause à la première migraine. La migraine arrive parce qu'on a vécu un choc, un traumatisme, physique ou moral.

J'étais, entre guillemets, une enfant abandonnée, bien que très aimée après par mes parents. Mais quand j'étais toute petite, il a dû se passer quelque chose. J'étais éloignée de ma famille. J'étais certainement très bien soignée par la personne chez qui j'étais, mais ça a sans doute été un traumatisme. À sept ans, j'étais en pension. J'ai vécu cet abandon pendant les jeunes années de ma vie. Quand j'ai su ça, le jour de mes 43 ans, ça été un choc important pour moi. J'ai fait le lien entre les migraines et ça. 

" Ça commençait à 5 heures du matin tous les jours "

Un jour, je me suis dit qu’il fallait que j'arrête de subir ces douleurs. D'autant que je prenais beaucoup de médicaments. Je prenais plus de huit antalgiques et anti-inflammatoires par jour. J'étais tout le temps fatiguée, je n'étais pas moi-même. Je n'avais pas du tout envie d'aller voir un neurologue, mais j'en ai consulté un. Il était extrêmement intelligent. Il m'a dit que les médicaments étaient certainement responsables de ces rebonds de maux de tête. Ça commençait à 5 heures du matin tous les jours. 

Donc, j'ai fait un sevrage de médicaments chez moi. C'était horrible, j'ai cru que j'allais mourir. Les médicaments calmaient mes douleurs, mais j’avais une forme d'addiction. Les médicaments que je prenais étaient des opioïdes. Ce sont des drogues. Ce sevrage a été terrible, comme pour tous les gens drogués. J'ai mis 10 jours avant de pouvoir me lever de mon lit, tellement j’ai souffert. C'était atroce, mais ça a été salvateur. Je n’ai plus jamais pris de médicaments en dehors des triptans qui arrêtent les migraines quand on les prend suffisamment tôt. On ne peut pas vivre avec ces douleurs, c’est impossible.

" Je m’en suis sortie à force de volonté "

En même temps, j'ai cherché ce que je pouvais faire pour ne plus avoir ces migraines. Je suis allée voir toutes sortes de thérapeutes, des charlatans aussi. Petit à petit, je m’en suis sortie à force de volonté. J'ai aussi fait beaucoup de yoga, de qi-gong et de gym. J’ai fini par m'en sortir. Tous les matins, je détends mon corps, parce qu’on est souvent très tendu quand on est migraineux. Je détends mes muscles, mes trapèzes, ma colonne vertébrale. Je fais de la respiration et je fais des mouvements de gymnastique. Quand il m'arrive d'avoir une migraine, je fais ça et tout s’en va. C’est extraordinaire. 

Je me suis fait accompagner par des thérapeutes pour essayer de trouver des solutions sur le plan psychologique. Je me suis rendu compte que j'en voulais à la terre entière, que je me sentais victime. Je me disais qu’on m'avait abandonnée, alors si j'avais mal et que je ne réussissais pas ma vie à cause de ça, ce n’était pas de ma faute. Un jour, je me suis dit qu’il fallait que j'arrête d’être victime et que je reprenne ma vie en main. Tant qu'on est victime, on ne peut pas se réaliser et se prendre en main.

Le processus a commencé par le sevrage il y a une quinzaine d'années. Petit à petit, j’ai pris conscience de beaucoup de choses et j’y ai remédié. J’ai trois ou quatre grosses migraines par an. Le reste du temps, il m'arrive d'en avoir de toutes petites, que j’arrive à calmer. Quand j'ai une grosse migraine, je sais que c’est parce que je suis trop fatiguée. Ça n'a rien à voir avec les migraines que j'avais avant, c’est-à-dire des migraines qui durent plusieurs jours. C’est infernal. On est empêché de vivre, on survit. Ça ne se voit pas, donc les gens ne comprennent pas.

Je me suis beaucoup cultivée sur la migraine et les problèmes de l'abandon. Aller voir le médecin, c'est bien. Il va vous donner des médicaments, non pas pour vous soigner, parce que la migraine ne se soigne pas. Ce n'est pas vraiment une maladie, je pense que c'est un symptôme. C’est pour mettre un pansement sur la douleur, mais c'est tout. Le médecin ne va pas pouvoir faire plus. C’est à soi de faire plus. Il faut une intention forte et une envie féroce de s'en sortir."

Europe 1
Par Léa Beaudufe-Hamelin