La loi "sécurité globale", symbole d'un maintien de l'ordre fondé sur la force

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Une manifestation de gilets jaunes en décembre 2018 à Paris. 2:40
Une manifestation de gilets jaunes en décembre 2018 à Paris. © AFP
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Dans un climat tendu, l'Assemblée nationale a voté vendredi soir la mesure la plus controversée de la proposition de loi "sécurité globale", pénalisant la diffusion malveillante de l'image des forces de l'ordre. Une mesure qui résulte en partie, explique le politologue Sébastian Roché, d'une doctrine de maintien de l'ordre basée sur la force. 
ANALYSE

"Il y a en ce moment une crise morale de la police française telle que je ne l'ai jamais connue sur les 40 dernières années." Pour Sébastian Roché, politologue et auteur de De La police en démocratie, la proposition de loi "sécurité globale", pénalisant la diffusion malveillante de l'image des forces de l'ordre, est le résultat d'une doctrine de maintien de l'ordre basée depuis plusieurs années non pas sur la confiance mais sur la force. "Dans le modèle français, la police ne recherche pas la confiance de la population, elle cherche à s’imposer par la force", explique-t-il sur Europe 1 dimanche. 

Les manifestants ne sont pourtant pas plus remontés qu'avant, au contraire, affirme-t-il. "Depuis 40 ans les protestataires sont de moins en moins violents. Il y a de moins en moins de policiers tués." Il compare notamment les manifestations actuelles avec les affrontements entre citoyens et policiers qui ont eu lieu en 1968 et à la fin des années 1970. "Des milliers d'ouvriers manifestaient alors parce qu'ils avaient perdu leur travail. C'était d'une violence incomparable."

"Les dirigeants se méfient du peuple"

Côté forces de l'ordre aussi, la violence physique s'est amoindrie, dit-il, rappelant le massacre du 17 octobre 1961 et la répression meurtrière, par la police française, d'une manifestation d'Algériens organisée à Paris. "Ce ne sont plus des choses que l'on voit aujourd'hui." 

Reste que la police française se distingue toujours de celle des autres pays d'Europe. "Le gouvernement pense qu'il a la meilleure police du monde. Ce complexe de supériorité est un verrou. Les dirigeants se méfient par ailleurs du peuple, il se dit qu'il n'est jamais trop prudent et qu'il a besoin d'armes comme les LBD, les grenades. Ce matériel est interdit en Allemagne, en Suède, au Danemark ou encore au Royaume-Uni." 

Le tournant des émeutes de 2005

Il estime que les émeutes de 2005 dans les banlieues françaises, "les plus importantes depuis la Deuxième Guerre mondiale en Europe", ont eu un impact majeur sur la doctrine du maintien de l'ordre. "On va alors essayer d'utiliser la force du maintien de l'ordre pour sécuriser et quadriller le terrain, occuper l'espace des banlieues et faire des interpellations. Et pour ça, on va équiper la police des fameux LBD, qui feront les dégâts qu'on connait 15 ans plus tard", analyse-t-il, faisant référence aux gilets jaunes blessés lors de manifestations. "Jusqu'à présent, il y a eu un apaisement des relations sociales et des conflits. Ce n'est pas parce qu'il y a plus de violence que la police française a mutilé 30 personnes en six mois."

Europe 1
Par Laetitia Drevet