Restaurer Notre-Dame va-t-il priver les autres édifices de main d'oeuvre ?

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Pour le secrétaire général des Compagnons du devoir, invité d'Europe 1 mercredi, "on aura certainement un plus grand nombre de jeunes qui vont vouloir travailler sur la cathédrale", aux dépens d'autres chantiers dépendant de cette main d'oeuvre.
LE TOUR DE LA QUESTION

C'est un effet potentiellement néfaste de l'engouement autour de la restauration de Notre-Dame de Paris : la main d'oeuvre pourrait manquer sur la réfection d'autres édifices et la construction d'autres bâtiments, délaissés par les jeunes attirés par un chantier aussi prestigieux que celui qui va démarrer sur la cathédrale.

"Beaucoup d'entreprises sans jeunes"

C'est en tout cas la crainte de Jean-Claude Bellanger, secrétaire général des Compagnons du devoir, association qui regroupe 30 métiers dans six filières différentes de l'art et de l'artisanat. "Évidemment, on aura des jeunes à proposer aux entreprises qui auront besoin de main d'oeuvre pour reconstruire la cathédrale", assure-t-il.

"Sauf que demain, on aura certainement un plus grand nombre de jeunes qui vont vouloir travailler sur la cathédrale et qui vont délaisser d'autres entreprises et pénaliser la réhabilitation d'autres édifices", anticipe le représentant des Compagnons dans dans Le Tour de la question sur Europe 1, mercredi, alors que la polémique a déjà éclaté autour de dons disproportionnés entre la cathédrale et les autres édifices à restaurer ailleurs en France.

>> De 9h à 11h, c’est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l’émission ici

Ce cas de figure pourrait aggraver un problème récurrent dans les métiers de l'art et de l'artisanat représentés par les Compagnons du devoir : "Nous avons un manque de jeunes dans nos métiers", alerte Jean-Claude Bellanger. "On a beaucoup d'entreprises sans jeunes. Pour nous, c'est un vrai souci." La faute, notamment à une image de métiers pénibles et pas forcément très bien rémunérés en dépit de leur très forte employabilité.

Pas de problème de compétences

"Globalement, il y a des tensions dans tous les métiers qui cumulent la pénibilité de professions exposées et nécessitant un bon savoir-faire", analyse Vincent Athias, architecte à Dijon. "Dès qu'on cumule ces éléments-là, on a du mal à trouver des gens qualifiés."

Malgré tout, Jean-Claude Bellanger reste optimiste sur la pérennité des métiers de l'art et de l'artisanat. "Est-ce que demain on aura toujours les compétences pour reconstruire ces cathédrales ? Je leur ai dit qu'il n'y avait aucun problème pour ça. En France, nous avons ces compétences pour restaurer ces édifices", affirme-t-il. "La cathédrale doit être la vitrine pour que les familles puissent connaître un peu mieux nos métiers." Et permettre au secteur de disposer à l'avenir de la main d'oeuvre dont il a tant besoin ?

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec