REPORTAGE - En Guadeloupe, un stock enfoui de chlordécone inquiète la population

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Une plantation de bananes en Guadeloupe.
Une plantation de bananes en Guadeloupe. © Helene Valenzuela / AFP
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REPORTAGE - EN GUADELOUPE, LE SPECTRE DU CHLORDÉCONE HANTE LES ESPRITS - Une commission d’enquête parlementaire se penche sur l’utilisation aux Antilles du chlordécone, un pesticide dangereux suspecté d’être à l’origine de nombreux cancers. En Guadeloupe, les élus et les habitants demandent justice.
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Bien avant les polémiques autour du glyphosate, l’usage du chlordécone aux Antilles est au cœur d’un scandale sanitaire depuis de nombreuses années. Ce pesticide, utilisé pour lutter contre un charançon du bananier entre 1972 et 1993, est suspecté d’être à l’origine de nombreux cancers de la prostate. Une commission parlementaire a enquêté ces derniers mois, afin de faire toute la lumière sur ce produit dangereux qui a pollué les sols pour plusieurs siècles. Europe 1 s’est rendue en Guadeloupe, où les élus et les habitants réclament justice.

Du chlordécone enfoui près d'un lycée

Une phrase, prononcée par un élu, a soulevé une vive émotion en Guadeloupe. Le 19 septembre dernier, Joël Baugendre, le maire de Capesterre Belle-Eau, l’une des communes les plus touchées, a déclaré sous serment que des stocks considérables de chlordécone ont été enfouis dans un chantier, après son interdiction en 1993. "Il y avait du chlordécone enterré au niveau du jardin d’Essai des Abymes. Nous avons demandé tout ça à l’époque, par écrit, mais nous n’avons jamais eu de réponses pour pouvoir fouiller et trouver ces résidus", se désole Joël Baugendre.

A la suite des déclarations de l’élu, une enquête préliminaire a été ouverte début octobre par le procureur de la République de Pointe-à-Pitre. De quoi raviver l’inquiétude des habitants, d’autant que le site évoqué par l’édile abrite aujourd’hui un lycée. "Ce qui nous inquiète au lycée, c’est que ce stock de chlordécone serait enterré depuis plus de 20 ans. Si nos tuyaux d’eau potable passent à proximité, cela veut dire que ça fait 20 ou 30 ans qu’on consomme de l’eau chargée en chlordécone", s’alarme Delphine Prudhomme, professeur de SVT dans ce lycée.

Des ministres auditionnés 

Depuis les révélations sur ce présumé stock de chlordécone, la situation n’a cependant que peu évolué. La commission d’enquête parlementaire n’a pas le pouvoir de lancer des fouilles, une prérogative réservée à la justice. Les parlementaires ont tout de même auditionnés quatre ministres, ceux de la Santé (Agnès Buzyn), des Outre-mer (Annick Girardin), de la Recherche (Frédérique Vidal) et de l'Agriculture (Didier Guillaume), une première dans le dossier. Mais pour Elie Domota, le leader du syndicat UGTG, il faut aller plus loin.

"Pour nous, cette commission ne peut être crédible que si tous les ministres sont auditionnés, comme Edith Cresson, et les anciens ministres de la Santé", demande Elie Domota. Cette commission d’enquête parlementaire, menée par la députée guadeloupéenne issue de la majorité, Justine Benin, rendra ses conclusions le 4 décembre prochain à Paris.