Radicalisation dans la fonction publique : "Ce n'est pas toujours simple de faire remonter du renseignement"

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© AFP
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Co-rapporteur d'une mission d’information sur la radicalisation dans les services publics, le député de Gironde Eric Poulliat est revenu lundi sur les failles du suivi du cas de Mickaël Harpon, qui a tué quatre fonctionnaires de police, jeudi, à la préfecture de Police de Paris. 
INTERVIEW

Comment améliorer, dans les services publiques et l'administration, les signalements de signes de radicalisation religieuse ? Quatre jours après l'assassinat de quatre fonctionnaires à la préfecture de police de Paris, un rapport du service de la préfecture où travaillait Mickaël Harpon, révèle que plusieurs des collègues du meurtrier avaient alerté leur hiérarchie de signaux inquiétants, sans toutefois que ces alertes soient suivies de conséquences concrètes.

Invité lundi d'Europe 1, Eric Poulliat​, député LREM de Gironde et co-rapporteur d'une mission d’information sur la radicalisation dans les services publics, estime que "les agents doivent remonter des informations sans gêne et sans résistance", d'autant plus que pour ces personnels, du fait de leur proximité avec leurs collègues, "il n'est pas toujours simple de faire remonter du renseignement".

Selon la note interne de la Préfecture, "plusieurs collègues de l'intéressé ont ainsi révélé avoir noté, dans le passé, chez l'intéressé, des signes de radicalisation, et déclarent en avoir alerté leur hiérarchie ou pris conseil auprès de collègues spécialistes de ces problématiques". Selon la patronne de la Direction du renseignement de la PP (DRPP), Françoise Bilancini, qui signe ce courrier, ces éléments n'ont toutefois été portés à sa connaissance qu'après l'attaque meurtrière de jeudi, "dans le cadre de discussions informelles". Toujours selon le rapport de quatre pages envoyé au ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, Mickaël Harpon avait notamment déclaré "c'est bien fait", en évoquant l'attentat de Charlie Hebdo, tandis qu'avait également été évoqués certaines changements de comportement de l'agent envers les femmes.

"C'est parfois compliqué en interne"

"Il faut que les process de remontée de l'information soient clairement identifiés", réclame Eric Poulliat sur Europe 1, "que les référents soit totalement connus". "Les agents doivent remonter des informations sans gêne et sans résistance, car tout repose la dessus", ajoute le député. Une amélioration des procédures d'autant plus nécessaire que, pour les agents témoins d'éventuels signaux de radicalisation chez des collègues, la situation peut s'avérer complexe. "C'est parfois compliqué en interne", reconnaît Eric Pouillat. "Vos collègues, cela fait 20 ans que vous travaillez avec eux, parfois ils dérapent une fois, deux fois, on veut excuser, etc. Ce sont souvent des gens dont on connait la famille". "Ce n'est pas toujours simple de faire remonter du renseignement", conclut-il, mais "il n'y a pas d'alternative, car derrière, il y a des vies en jeu". 

Concernant un risque de radicalisation au sein des services de sécurité, Eric Poulliat note qu'au moment de sa mission d'information, "beaucoup de choses étaient faites. Ça ne nous avait pas paru comme le maillon faible. La préfecture de Police de Paris nous avait indiqué une dizaine de cas suspects, suivis. Ça semblait sous contrôle. Mais 10 ou 30 cas sur l'ensemble de nos forces de sécurité intérieure, c'est déjà suffisant pour qu'il y ait une tragédie". Et sur le secteur des transports, où "le problème numéro 1 était le fait communautaire" , il y a encore "une bonne marge de progression, pas encore d'éléments majeurs qui ont fait que ça a changé", estime l'élu de Gironde.