Les femmes ayant recours à la conservation des ovocytes ne sont pas "des carriéristes qui ne veulent pas faire leurs enfants à temps"

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Interrogée par Europe 1, Joëlle Belaisch-Allart, présidente de la Société française de gynécologie, souhaiterait que la loi française autorise l'auto-conservation des ovocytes. Cette mesure pourrait faire partie du projet de loi bioéthique, qui sera examiné le 24 septembre par l'Assemblée nationale. 
INTERVIEW

L'ouverture de la PMA à toutes les femmes, mesure phare du projet de loi bioéthique, a obtenu un premier feu vert mercredi soir à l'Assemblée nationale, grâce au vote de la commission spéciale. Celle-ci a validé l'article 1 qui élargit la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires.

Mais cette future loi est bien loin de se limiter à cette mesure. Auditionnée le 3 septembre par les députés, Joëlle Belaisch-Allart défend notamment l'auto-conservation des ovocytes. "Si, autour de 35 ans, les femmes sans enfant pouvaient conserver leurs ovocytes, alors seulement celles qui n'ont pas rencontré celui ou celle avec qui faire un enfant seraient concernées", rassure-t-elle. 

Proposer l'auto-conservation dans les hôpitaux 

Selon elle, une telle mesure permettrait de booster le taux de natalité en France. "Les femmes ne savent pas qu'il y a un vrai risque de chute de fertilité avec l'âge et qu'elles ont besoin de pouvoir faire cette conservation", explique-t-elle, précisant qu'en France, cette méthode n'est autorisée qu'en quelques cas spécifiques, comme cas de cancer par exemple. "Ce que nous voudrions, nous, professionnels, c'est que dans tous les centres hospitaliers, publics et privés, l'auto-conservation soit automatiquement inclue."

Un engagement sentimental plus tardif

Pour la gynécologue, la PMA  - et les débats qu'elle suscite - est aussi victime de nombreux préjugés. Les femmes souhaitant avoir recours à la PMA ne sont pas "des carriéristes qui ne veulent pas faire leurs enfants à temps", rappelle-t-elle. "Plus de 80% d'entre elles n'ont pas rencontré à temps celui ou celle avec qui faire un enfant. Les hommes veulent pas trop s'engager et ils ne sont pas tout à fait conscient de la chute de la fertilité avec l'âge".  

D’après Joëlle Belaisch-Allart, même les femmes ne sont pas toujours conscientes de cette chute de fertilité, à partir de 35 ans. “On voit trop de femmes de quarante ans arriver au centre. Tout ce que l’on peut leur proposer, c'est le don d'ovocytes. Or, il n'y a pas assez de dons d'ovocytes en France”, dénonce-t-elle. 

Pour combler ce défaut d’ovocytes, la gynécologue estime que l’auto-conservation est, par ailleurs, une solution à envisager. “Si ces femmes ont eu un enfant sans avoir recours à leurs ovocytes auto-conservés, elles pourront alors donner leurs ovocytes”, assure-t-elle.

Europe 1
Par Fabienne Le Moal, édité par T.F