Professeur décapité : pour défendre la liberté d’expression, "on refuse de baisser les bras !"

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professeur classe enseignant 4:47
Le cours sur la liberté de la presse fait partie du programme d’enseignement moral et civique que doivent enseigner les professeurs d’histoire-géographie. © AFP
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Vendredi, en fin d'après-midi, un professeur d'histoire-géographie a été attaqué au couteau et décapité à Conflans-Saint-Honorine, après avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet. Sur Europe 1, le président du syndicat national des lycées et collèges a fait part de son effroi.
INTERVIEW

"La communauté enseignante est dévastée", réagit Jean-Rémi Girard, président du syndicat national des lycées et collèges (SNALC), contacté par Europe 1. Quelques heures après l’attentat commis à l’encontre d’un enseignant d’un collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, attaqué au couteau et décapité, le représentant syndical a fait part, vendredi soir, de l’effroi de la communauté enseignante. "C’est effrayant de se dire qu’au 21e siècle, en France, un enseignant peut être décapité dans la rue pour avoir fait son travail !"

"On devrait pouvoir montrer une caricature à tous nos élèves"

Aux alentours de 17 heures, vendredi, un enseignant de 47 ans a été décapité à Conflans-Sainte-Honorine, et son agresseur présumé tué par la police, dans la ville voisine d'Éragny, dans le Val-d'Oise. Selon une source policière, la victime, un professeur d'histoire-géographie, avait récemment montré à ses élèves des caricatures de Mahomet lors d'un cours portant sur la liberté de la presse. Par précaution lors de ce cours, précise Jean-Rémi Girard, "il avait demandé aux élèves musulmans de sortir de la classe s’ils ne se sentaient pas à l’aise" avec ces dessins.

"Il a même pris des précautions que l’on ne devrait pas avoir à prendre puisqu’on devrait pouvoir montrer une caricature à tous nos élèves, ça fait partie de l’enseignement moral et civique que cet enseignant doit enseigner", insiste le président du syndicat. "Il a pris des précautions pour faire quelque chose qui est normal, c’est-à-dire expliquer la liberté de la presse, le droit, la possibilité de blasphémer, en France", poursuit Jean-Rémi Girard, estimant que l’enseignant a simplement fait son travail. "Faire son job et mourir parce qu’on a fait son travail et qu’on a essayé de développer l’esprit critique de ses élèves, c’est hallucinant !"

"Si un jour on ne peut plus en parler, ça voudra dire qu’on a perdu, qu’on a baissé les bras"

Alors peut-on encore parler de liberté d’expression dans nos écoles, collèges, et lycées ? "Heureusement qu’on peut encore en parler dans nos écoles !", appuie Jean-Rémi Girard. "Au SNALC, on invite les collègues à continuer d’en parler, parce que si un jour on ne peut plus en parler, ça voudra dire qu’on a perdu, qu’on a baissé les bras, et nous au SNALC, on refuse de baisser les bras".

Le cours donné par l’enseignement sauvagement tué vendredi, fait partie du programme d’enseignement moral et civique que doivent enseigner les professeurs d’histoire-géographie. Entre autres sujets, la laïcité, la peine de mort, ou encore l’avortement font partie intégrante de ce programme.

"On va continuer à faire notre mission"

 

Un programme que Jean-Rémi Girard suit lui-même. "À la rentrée, je vais faire cours sur la peine de mort ou l’avortement, et bien entendu que je vais continuer à le faire et pas me dire qu’il va peut-être m’arriver quelque chose. C’est notre métier, on est fonctionnaire, on a une part d’autorité de l’État en nous. On a une mission, et on va continuer à faire notre mission !"

"On est là pour défendre la liberté d’expression, le développement de l’esprit critique, et on croit que l’éducation nationale est là pour que les élèves puissent comprendre – même s’ils ne sont pas d’accord, ce qui est normal –, et puissent accepter le point de vue de l’autre, et qu’on arrive au dialogue , pas à l’assassinat".

Europe 1
Par Pauline Rouquette