Procès de Valérie Bacot : "Elle n'a pas eu d'autre choix que de tirer pour ne pas mourir"

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Jugée pour avoir tué d'une balle son mari qui la battait et la contraignait à se prostituer, Valérie Bacot a raconté lundi aux juges le calvaire qu'elle a subi pendant des années. Au micro d'Europe 1, son avocate Nathalie Tomasini estime qu'elle a été délaissée par les services de l'État.
INTERVIEW

Lundi s'est ouvert aux assises de Saône-et-Loire le procès de Valérie Bacot, jugée pour avoir tué d'une balle dans la nuque son mari et proxénète. Cet homme, qui était initialement le compagnon de sa mère, avait commencé à abuser d'elle lorsqu'elle n'avait que 12-13 ans, avant de la contraindre au mariage. Mari violent et brutal, Daniel Polette est allé jusqu'à la prostituer pendant des années. "La journée d'hier a été plus que douloureuse pour Valérie. Nous avons eu un avocat général qui est l'exemple même de ces magistrats qui ne comprennent pas encore qu'une femme sous emprise ne peut pas dénoncer son bourreau", a rapporté mardi, au micro d'Europe 1, Nathalie Tomasini, l'une des avocates de Valérie Bacot. 

Les "défaillances de l'État"

Elle estime que sa cliente a été délaissée par les dispositifs d'aides de l'État. "Nous avons déjà eu deux missions d'inspection qui ont pointé du doigt tous les dysfonctionnements du système police-justice. Dans l'affaire de Valérie, c'est une multitude de dysfonctionnements de ce service de l'État qui seront également pointés du doigt et qui ont amené Valérie à n'avoir pas d'autre choix que de tirer pour ne pas mourir", explique-t-elle.

Daniel Polette avait déjà été condamné pour agression sexuelle sur Valérie Bacot, lorsqu'elle était encore sa belle-fille. Il avait regagné le foyer familial à sa sortie de prison. "S'il avait été condamné pour viol avec une peine beaucoup plus lourde, toute cette histoire ne serait pas arrivée", assure Nathalie Tomasini.

"Un viol en direct"

Au cœur de l'affaire : la question de la préméditation. En mars 2016, une discussion entre Valérie Bacot et son mari laisse entendre que ce dernier aurait des vues sexuelles sur sa fille de 14 ans. "Il y a différents éléments. Vous avez cette volonté apparemment du père de prostituer sa fille comme il l'a fait avec sa mère. Et puis, il y a une passe dans le monospace familial qui va mettre le feu aux poudres. Une passe qui est un viol en direct", précise l'avocate. Valérie Bacot se saisit du pistolet qui se trouve dans le véhicule, et tire sur la nuque de son mari.

"Notre rôle à nous, avocats de la défense, est de démontrer qu'il n'y a jamais eu de préméditation. Il y a peut-être eu une pensée fugitive lorsqu'elle a pris cette arme, qui était une arme défensive, dont elle se servait, et dont Daniel Polette [son mari, ndlr] se servait pour se protéger d'une clientèle douteuse et dangereuse dans les aires d'autoroute. Mais en aucun cas elle ne souhaitait, elle ne voulait tuer Daniel ce soir-là."

Europe 1
Par Romain David