Procès de l’attentat de Charlie Hebdo : Sigolène Vinson raconte le "silence de mort" après l'attaque

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A quelques jours de l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015, Sigolène Vinson, survivante de la tuerie de Charlie Hebdo, a accepté de raconter dans le podcast "Le Son de Vie" les terribles coups de feu et le silence "presque assourdissant" qui s’installe ensuite.
PODCAST

"Le 7 janvier 2015, il fait froid. C’est l’anniversaire de Luz qui arrive en retard. Je suis allée acheter un gâteau dans une boulangerie, un gâteau marbré. Cabu n’en mange pas mais il prend une part pour la filer à Lila, le chien". Cinq ans après la tuerie et à la veille de l’ouverture du procès, Sigolène Vinson n’a oublié aucun détail de l’attentat perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo. L’ancienne avocate, qui officiait alors comme chroniqueuse judiciaire pour le journal satirique, est épargnée par un des tireurs alors qu’au même moment plusieurs de ses amis autour d’elle sont assassinés. 

"A un moment donné, je suis projetée au sol"

Sigolène Vinson a accepté de raconter ce traumatisme et le long chemin vers la résilience qui a suivi dans le nouveau podcast d'Europe 1 Studio "Le Son de Vie". Ce jour-là, c’est une conférence de rédaction tout à fait normale qui débute dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris. "Nous parlons de Soumission, le nouveau livre de Michel Houellebecq. C’est un débat comme il y en a souvent à la rédaction, c’est-à-dire que personne n’est d’accord. Jusqu’à ce qu’on entende deux coups de feu", raconte-t-elle. 

"On se regarde autour de la table, certains se lèvent en se demandant quels sont ces sons, entre un bruit de pétard, un radiateur qui explose. Mais ça va assez vite. Après, ils entrent dans la salle de rédaction et ça commence à tirer", se souvient encore Sigolène Vinson. Autour d’elle, les premières victimes tombent et l’écrivaine cherche à fuir. "Je pense ramper mais en fait je ne rampe pas. Je suis dans la salle, debout. Et à un moment donné, je suis projetée au sol, j’ai mal au dos. Et j’ai la sensation très forte d’avoir été touchée de trois balles, je sais pas pourquoi c’est trois. Mais en fait il n’y en est rien, je n’aurai que des bleus", reconnaît-elle.

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"C’est un silence fait de l’absence, c’est un silence de mort"

Sigolène Vinson est alors en sursis, réfugiée derrière un muret. Après le bruit des premiers coups de feu, un terrible silence s’installe. "Un vrai silence comme je n’en ai jamais entendu. C’est un silence fait de l’absence, c’est un silence de mort. Puisque les personnes sont mortes et celles qui ne le sont pas font semblant de l’être, décrit-elle. C’est un silence presque assourdissant et qui nous place dans une dimension parallèle. D’autant plus qu’il y a ce nuage de poudre qui donne à tout un côté irréel comme si on était passé de l’autre côté, de l’autre côté du miroir dans Alice au Pays des Merveilles. Sauf que là, ce n’est pas très merveilleux… Étonnant silence, presque poisseux, alors peut-être que j’associe ça au sang mais un vrai silence terrifiant. Un silence d’avant les hommes ou d’après les hommes, quand il n’y aura plus rien ou qu’il n’y avait rien. Voilà, c’est ce silence-là".

Puis, Sigolène Vinson entend des bruits de pas et deux nouveaux coups de feu. Mustapha Ourrad, le correcteur du journal, vient de mourir. Le tueur est alors face à la jeune femme. "Je le regarde parce qu’il me regarde. Je ne vais pas fuir l’échange, surtout si cet échange peut me sauver la vie. Même si à ce moment-là, j’ai fait une croix sur le fait de vivre et d’exister. Je pense que je vais mourir. Et je suis d’accord avec ça. Mais il tient sa parole, il ne me tue pas". Le terroriste islamiste dit l’épargner parce qu’elle est "une femme” et part en lui ordonnant de lire le Coran.

Sigolène Vinson appelle ensuite les pompiers. Ce bruit de sirènes, elle mettra longtemps avant de pouvoir les supporter à nouveau. Ici, commence son chemin vers la résilience.

 

Europe 1
Par Europe 1 Studio