Les moules françaises ont souffert de l’été 2026. Les fortes chaleurs et la sécheresse ont perturbé leur croissance, entraînant une hausse des coquillages trop petits pour être commercialisés. La filière estime sa production en baisse d’environ 25 % et s’inquiète des effets durables du réchauffement climatique sur les élevages.
La moule française a pris un coup de chaud. Après un été marqué par des températures exceptionnellement élevées et une importante sécheresse, la filière mytilicole française accuse le coup. En Bretagne, les moules sont plus petites et une partie de la production ne peut pas être commercialisée.
Les professionnels estiment leurs pertes à environ 25% cette année et s’inquiètent déjà des conséquences du changement climatique sur l’avenir de leur activité.
Trop petites pour être vendues !
Cette année, le constat est sans appel. Sur une trentaine de kilos de moules sur un pieu, seulement une vingtaine pourront être vendues. En cause : une proportion inhabituelle de moules trop petites pour être commercialisées.
À l’échelle nationale, la situation est tout aussi préoccupante. Les professionnels évaluent la baisse de production à environ un quart cette année. Ces dernières années, la France produisait entre 49.000 et 66.000 tonnes de moules, selon les données du ministère de l’Agriculture.
Mais alors comment expliquer une telle diminution ? Les fortes chaleurs constituent l'un des principaux facteurs. "Quand il fait plus chaud, les moules consomment plus d’énergie", explique Fabrice Pernet, chercheur à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer auprès de nos confrères d'Actu.fr. Or, dans le même temps, la sécheresse réduit l’arrivée d’eau douce et donc l’apport de sels nutritifs dans les eaux côtières.
Par conséquent, le phytoplancton, qui constitue une source essentielle de nourriture pour les moules, devient moins abondant. Les coquillages doivent alors dépenser davantage d’énergie pour supporter les températures élevées tout en disposant de moins de nourriture pour se développer.
Autrement dit, les moules consacrent davantage d’énergie à survivre aux conditions difficiles et moins à leur croissance. Elles restent donc plus petites et mettent davantage de temps à atteindre la taille nécessaire à leur commercialisation.
En Bretagne, certaines exploitations enregistrent des pertes considérables. La situation varie toutefois selon les zones de production. Dans la baie de Saint-Brieuc, au nord de la Bretagne, un mytiliculteur Guillaume Hurtaud décrit une année "catastrophique" avec des pertes estimées entre 60 et 75% de sa production.
L’acidification des océans menace aussi les moules
Les températures élevées ne sont pas seules en cause. Son exploitation a également subi des attaques massives d’araignées de mer. Le réchauffement climatique et l’acidification des océans viennent encore aggraver les difficultés rencontrées par les producteurs.
Dans la baie du Mont-Saint-Michel, les moules de bouchot bénéficiant de l’appellation d’origine protégée ont, elles aussi, connu un retard. Leur arrivée sur les marchés a été décalée d’environ un mois, notamment en raison du manque d’eau douce. Au-delà des épisodes de chaleur et de sécheresse, les professionnels doivent composer avec une transformation plus profonde du milieu marin.
Le dioxyde de carbone produit par les activités humaines ne reste pas uniquement dans l’atmosphère. Une partie est absorbée par les océans, ce qui modifie progressivement leur composition chimique et augmente leur acidité. Cette acidification complique la formation et la croissance des coquilles des organismes calcaires, notamment les moules et les huîtres.
En Méditerranée, les moules ont déjà payé le prix fort. Les conséquences du réchauffement sont particulièrement spectaculaires en Méditerranée. L’année dernière, les chercheurs avaient prédit un "effondrement total" de la production de moules dans cette région avec les conditions climatiques attendues à l’horizon 2050, dans une étude publiée dans la revue Earth’s Future.
Mais les événements climatiques de l’été 2026 ont montré que ce scénario pourrait se produire beaucoup plus tôt que prévu. Dans l’étang de Thau, les chercheurs ont constaté une mortalité totale des moules élevées dans les conditions naturelles. "On a eu 100 % de mortalité : on a perdu tout notre élevage de moules dans les conditions ambiantes", souligne Fabrice Pernet.
Plus inquiétant encore, les moules soumises expérimentalement à une hausse de température correspondant aux conditions envisagées pour 2050 sont mortes seulement trois semaines plus tôt.
En Bretagne, la situation n’a heureusement pas atteint le niveau de mortalité observé en Méditerranée. Dans la baie de Pont-Mahé par exemple, la température de l’eau a pourtant frôlé les 29°C à la fin du mois de juin.
Avec des récoltes en baisse, des coquillages plus petits et des épisodes de mortalité qui se multiplient, la rentabilité des exploitations est de plus en plus fragile.