Porter plainte, "un devoir" pour l'une des accusatrices de Georges Tron

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Eva Loubrieu, l'une des accusatrices de George Tron, a été entendue mercredi aux assises de Seine-Saint-Denis.
Eva Loubrieu, l'une des accusatrices de George Tron, a été entendue mercredi aux assises de Seine-Saint-Denis. © JACQUES DEMARTHON / AFP
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Porter plainte s'est imposé comme "un devoir" a déclaré mercredi, devant les assises, Eva Loubrieu, qui accuse de viol l'ex-secrétaire d'Etat Georges Tron.

Elle s'est décidée à parler après une longue hésitation. Eva Loubrieu, l'une des deux femmes qui accuse de viols l'ex-secrétaire d'Etat Georges Tron et son ancienne adjointe Brigitte Gruel a affirmé mercredi aux assises que porter plainte s'était imposé comme un "devoir" pour qu'il n'y ait pas d'autres victimes.

"Ça fait dix ans que je lutte pour survivre", a déclaré au début de son audition Eva Loubrieu, 44 ans, tailleur noir, mèches blanches dans ses longs cheveux bruns. Avec une autre ancienne employée municipale, Virginie Ettel, elle accuse Georges Tron, maire de Draveil depuis 1995, d'attouchements et de pénétrations digitales, avec la participation de son ex-adjointe à la Culture Brigitte Gruel. 

"Une souffrance indicible". Les anciennes employées municipales avaient porté plainte fin mai 2011. Georges Tron avait démissionné le 29 mai de son poste de secrétaire d'État à la Fonction publique. D'une voix éraillée de fumeuse, Eva Loubrieu explique avoir "énormément réfléchi" avant de dénoncer des agressions remontant à 2007-2009. Mais "ça devenait un devoir de me joindre" à la plainte de Virginie Ettel "sans cela M. Tron et Mme Gruel allaient continuer et peut-être qu'une femme n'allait pas se rater", dit-elle, en référence à leurs tentatives de suicide. "Pendant des années, souligne-t-elle, la seule chose qui m'habitait était une souffrance indicible avec un désir de mort constant."

"J'ai vite compris que je n'avais pas le droit de le toucher". Eva Loubrieu avait rencontre Georges Tron, alors député-maire, à sa permanence parlementaire en 2006. Séparée de son mari, seule avec son fils, elle a besoin de travailler. Spécialisée dans la reliure d'art, elle sera embauchée au pôle livres de la mairie. Selon son récit, elle se retrouve plongée dans des "rituels" invariables : des rendez-vous où l'élu, toujours habillé, commence par pratiquer la réflexologie plantaire - sa passion revendiquée - avant de l'embrasser, la caresser et la pénétrer avec un doigt.  "J'ai vite compris que je n'avais pas le droit de le toucher", constate-t-elle.

Mais au printemps 2007, quand une assistante parlementaire lui décrit des scènes similaires "à la virgule près" avec le maire, elle est "effrayée", pense que c'est "pathologique". Elle explique avoir alors dit, en vain, à l'élu qu'elle "ne voulait plus que les choses continuent ainsi".

"Mon corps était là sans être là". Brigitte Gruel entre en jeu. Eva Loubrieu décrit des scènes à trois où il lui arrive de pratiquer un cunnilingus à l'adjointe, de simuler l'orgasme pour "abréger". "Vous faites un cunnilingus ?" interroge Éric Dupond-Moretti, l'avocat de Georges Tron. "Oui. M. Tron me met la tête sur le sexe de Brigitte. Je ne suis pas en état de pouvoir décider quoi que ce soit, j'exécutais de façon complètement désincarnée, mon corps était là sans être là", répond elle.  Les accusés nient toute agression, mais aussi toute relation entre eux et avec les plaignantes.

La défense fait pression sur Eva Loubrieu. La défense essaie alors de faire flancher Eva Loubrieu. "Avec la pression judiciaire, la pression médiatique (...) c'est plus difficile de se rétracter", glisse Me Dupond-Moretti. L'avocat de Brigitte Gruel, Frank Natali, tente à son tour de lui faire dire qu'elle ment : "S'il y a des choses que vous avez dénoncées qui ne se sont pas passées, dites-le", lui enjoint-il doucement. 

Laissant entendre qu'elle a agi par rancoeur, il souligne que "tout semblait bien aller pour elle à la mairie" jusqu'à ce qu'elle soit accusée d'un détournement motivant son licenciement en 2009. Elle rétorque qu'elle était "clivée", s'efforçait de faire bonne figure alors qu'elle sombrait psychologiquement, se réfugiait dans les addictions.

Georges Tron s'estime, lui, victime d'une machination de l'extrême droite locale - notamment incarnée par les frères Jacques et Philippe Olivier proches de la famille Le Pen. Les débats sont ainsi largement consacrés aux contacts qu'ont eus les plaignantes avec les opposants de l'élu. Le verdict est attendu à la mi-novembre.

Europe 1
Par Europe1.fr avec AFP