Plus de 600 médecins menacent de démissionner : "ce système n'est pas viable"

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grève 8:17
Un manifestant porte une blouse de laboratoire portant la mention "Arrêtez de saigner l'hôpital" lors d'une manifestation le 10 décembre 2019 à Nantes. © Loic VENANCE / AFP
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Dans "Le Journal du Dimanche", 660 médecins menacent de démissionner si le gouvernement "n'ouvre pas de réelles négociations pour desserrer la contrainte imposée à l'hôpital public". Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris, explique au micro d'Europe 1, pourquoi il se sent prêt à se démettre de ses fonctions. 
INTERVIEW

La crise se poursuit à l'hôpital public. Dans une tribune publiée dans Le Journal du Dimanche, 660 médecins hospitaliers se disent prêts à démissionner si le gouvernement "n'ouvre pas de réelles négociations pour desserrer la contrainte imposée à l'hôpital public". Invité sur Europe 1, Stéphane Dauger, chef du service de réanimation pédiatrique à l’hôpital Robert Debré, à Paris et membre du collectif Inter-Hôpital fait partie de ces médecins. Il dit être "engagé" à se démettre de ses "fonctions administratives" et de sa "fonction de chef de service", sans pour autant laisser tomber ses patients. "Je continuerai les soins mais par contre, je ne participerai plus à des réunions avec l’administration qui ne nous permettent plus d'avancer", précise-t-il. 

Stéphane Dauger n'est pas le seul à vouloir aller jusqu'au bout de sa démarche. "Si nous avons signé cette pétition et cet engagement, nous tiendrons nos responsabilités", affirme-t-il, au nom des signataires de la tribune. 

Pourquoi ces médecins brandissent-ils une telle menace ? Parce que les conditions de travail des soignants se sont dégradées au point de mettre les patients en danger, répond Stéphane Dauger. "Pas plus tard que cet après-midi, on a été en difficulté puisque trois nouveaux nourrissons, en plus des 22 précédents, ont été transférés ce week-end, à 200 kilomètres de Paris, faute de place dans les hôpitaux d'Île-de-France", illustre le pédiatre. 

"Ce système n'est pas viable"

Ces médecins exigent donc des ouvertures de lits supplémentaires. Une demande qui fait partie de leurs revendications depuis le début du mouvement, il y a neuf mois. "Concernant la pédiatrie, les équipes seraient prêtes pour l'année prochaine à préparer des hospitalisations d'enfants en réanimation pour adulte. Ce n'est pas entendable pour un pédiatre", s'indigne Stéphane Dauger, qui considère que "ce système n'est pas viable". Avec l'arrivée de la grippe et d'une épidémie de gastro-entérite, le médecin demande donc d'"ouvrir des lits tout de suite".  

D'après Stéphane Dauger, les médecins ont aussi d'autres revendications comme "l'augmentation de l'objectif national de dépenses maladie (Ondam)" et "la revalorisation des petits salaires de la fonction publique hospitalière , du côté des soignants et non soignants" (comme les employés administratifs).

Un budget qui n'est pas suffisant 

Pour régler ces problèmes, il demande, au nom de tous les signataires, plus d'écoute de la part du gouvernement. "Je voudrais qu'enfin les soignants soient entendus. Il faut vraiment qu'on soit écoutés, reçus et que l'on puisse entrer dans des débats pour avancer. On est prêt à travailler en collaboration mais il faut vraiment que l'on nous tende la main", exige-t-il. 

Alors que la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a annoncé une augmentation du budget de l’hôpital (300 millions d'euros supplémentaires pour 2020), Stéphane Dauger estime que "ce n'est pas à la hauteur" par rapport à ce que les soignants avaient réclamé. "Des économistes de la santé l'ont dit. Prendre en charge une partie de la dette est extrêmement important pour les hôpitaux mais si dès les premiers mois suivants on se remet à être endettés, on arrivera exactement au même résultat", dénonce le médecin. 

Europe 1
Par Tiffany Fillon