À 66 ans, Agnès porte encore les séquelles profondes des violences sexuelles subies dans son enfance au sein de sa famille. Des années plus tard, le traumatisme se répète de manière insoutenable lorsqu'elle découvre que sa fille Ambre aurait elle aussi été victime d'abus. Invitée de l'émission "Christine Kelly et Vous" ce mercredi 10 juin, elle livre un témoignage glaçant sur un drame qui traverse plusieurs générations et continue de détruire une famille entière.
"Je suis toujours à fleur de peau." Malgré les années, Agnès, 66 ans, reste marquée au fer rouge par les violences sexuelles qu'elle a subies de la part d'un membre de sa famille. "Ma mère avait déposé plainte mais elle a été classée sans suite", regrette-t-elle, expliquant qu'elle a ensuite vécu comme elle a pu avec ce traumatisme. Une histoire qui fait écho au fiasco judiciaire de l'affaire Lyhanna. Elle est revenue sur son histoire ce mercredi 10 juin dans l'émission Christine Kelly et Vous.
Quand l'histoire semble se répéter
Les années passent et Agnès donne naissance à une fille, Ambre. En grandissant, l'enfant passe régulièrement du temps chez ses grands-parents. "J'ai appris qu'elle était abusée par son grand-père paternel", confie-t-elle. Au départ, elle refuse d'y croire. "Je le ressentais mais je me suis dit que ce n'est pas possible. Ce n'est pas parce que ça m'est arrivé que, forcément, c'était pareil pour Ambre."
Très proche de sa mère, Agnès finit par lui faire part de ses doutes. Cette dernière lui répond qu'elle pense exactement la même chose. "Alors elle me dit : 'On ne se trompe pas'", se souvient-elle.
Quelques mois plus tard, Agnès est convoquée à l'école. L'instituteur lui explique que sa fille ne va pas bien et qu'à seulement 5 ans, elle apparaît "sombre". "Elle est rentrée un soir à la maison. Elle ne voulait plus se lever. Elle ne voulait plus se nourrir", se rappelle Agnès. Un médecin lui évoque même une hospitalisation si la situation se poursuit.
La mère décide alors de comprendre ce qui se passe. C'est à ce moment-là qu'Ambre lui fait une révélation : "Je ne veux pas aller en vacances chez papi à Noël. Papi, dans la journée, il est très gentil et il est très méchant la nuit."
Une longue bataille pour protéger sa fille
L'homme est marié. Son épouse participe régulièrement à des compétitions de bridge. "Et quand elle s'en allait, il violait ma fille", affirme Agnès, précisant que les faits se seraient produits à chaque période de vacances. L'affaire détruit non seulement la mère et sa fille, mais aussi une partie de leur famille ainsi que son couple.
Agnès se retrouve devant la justice après avoir refusé de continuer à confier sa fille à son père. "Je lui ai dit : 'Elle n'ira plus en vacances chez toi. Elle a peur, il se passe quelque chose'", se souvient-elle.
Selon son récit, le juge avait même envisagé de la faire évacuer de l'audience tant elle criait. "Parce que j'avais fait la promesse à ma fille qu'elle ne verrait plus ni son père ni son grand-père", explique-t-elle. Malgré cela, un droit de visite est maintenu. Mais le magistrat lui adresse également un avertissement : "Vous avez une épée de Damoclès sur la tête. Si vous mettez votre fille en présence du grand-père, ça s'arrêtera là."
Un jour, le père ne respecte pas cette consigne. "Je suis arrivée chez lui et la police aussi", raconte Agnès. Les forces de l'ordre lui donnent raison. Depuis l'âge de 5 ans, sa fille n'a plus jamais revu son père ni son grand-père.
Quarante ans après, les blessures demeurent
Ambre a aujourd'hui 40 ans. "Elle marche comme sa maman, de travers. Elle a réussi à faire des études, chose que moi, je n'ai pas pu faire, parce que je me suis sentie mauvaise mère. J'avais l'impression de ne pas avoir réussi à sauver ma fille", raconte Agnès.
Mais cette histoire familiale continue de les hanter, notamment avec l'émergence de l'affaire Lyhanna, morte à 11 ans à Puycasquier (Gers) alors que le principal suspect, Jérôme B., avait fait l'objet de plaintes pour viols sur mineurs par le passé. "Elle m'a téléphoné en me demandant : 'Tu crois un jour, maman, que ça s'arrêtera ?' Et je lui dis : 'J'en sais rien ma chérie, je n'en sais rien...'"
Les deux femmes tentent aujourd'hui d'avancer. Agnès a retrouvé l'amour après deux divorces. Sa fille est devenue mère d'un garçon de 16 ans. "Je ne rêvais que de ça, qu'elle ait un garçon. Je ne voulais pas qu'elle ait une fille. Quand elle m'a dit qu'elle était enceinte, j'étais terrorisée", explique-t-elle.
Pour autant, l'angoisse demeure. Agnès est également mère d'un fils de 35 ans et grand-mère de deux petites-filles. "Il me dit : 'Maman, il faut que tu arrives à passer au-dessus de ça.' Et je lui réponds que j'ai peur (...) et qu'il faut qu'il regarde autour de lui, dans sa famille, parmi ses oncles, etc. Ne jamais laisser ses filles toutes seules."
Au micro d'Europe 1, cette femme reconnaît aujourd'hui ne faire "confiance à personne". Pas même à son compagnon. "Quand je gardais ma petite-fille et que j'allais faire des courses, jamais je ne l'ai laissée avec mon compagnon. Alors que tout le monde me dit que je peux lui faire confiance. Non, je ne peux pas."