Omerta, menaces, rackets… Autour du chantier de Grandalpe, le procureur de Grenoble évoque un «système mafieux»

eric vaillant 6:30
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Plusieurs enquêtes ont été ouvertes à Grenoble après des faits de rackets à l'encontre d'entreprises du BTP qui travaillent sur certains chantiers dans les quartiers sensibles de la ville. Parmi ces derniers, un immense programme de travaux publics attise toutes les convoitises : la construction du secteur "Grandalpe". Au micro d'Europe 1, Éric Vaillant, procureur de Grenoble, dénonce un véritable "système mafieux".
INTERVIEW

C'est l'un des plus grands chantiers du département de l'Isère en ce moment : la construction du secteur "Grandalpe". 400 hectares de projet urbain au sud de Grenoble, avec un concept de ville parc, un RER métropolitain ou encore un lac baignable, soit un gros programme de travaux publics. Sauf que le chantier est à l'arrêt à cause de faits très graves : du racket qui vise les entreprises qui travaillent sur ce chantier. Éric Vaillant, procureur de la République de Grenoble et invité d'Europe 1 matin ce vendredi, a été saisi des faits.

Menaces et rançons

"Il se passe à Grandalpe ce qu'il se passe sur d'autres chantiers de la métropole grenobloise. Les entreprises de travaux publics qui y travaillent sont régulièrement rackettées par des délinquants selon un système tout à fait mafieux", expose-t-il au micro de Dimitri Pavlenko.

Le procureur rapporte des menaces et des rançons à l'encontre de ces entreprises, justifiant la caractérisation de "système mafieux". "C'est 'soit tu payes, soit tu ne pourras plus travailler'. Les modalités peuvent différer, ça peut être 'embauche-moi', 'embauche mon cousin' ou 'prends un contrat avec ma société de sécurité'. Voilà comment ça se passe très concrètement en pratique", détaille-t-il.

Omerta

Et comme dans un système mafieux, c'est l'omerta qui règne : les entreprises paient et se taisent en échange d'une forme de paix sociale. Malgré plusieurs enquêtes, dont une en cours, il est de fait très difficile de coincer les malfaiteurs, ou même de démanteler ce système délictuel. 

"Les chefs d'entreprise ou leurs salariés qui sont en première ligne peuvent avoir peur de représailles. Et donc certains chefs d'entreprise préfèrent soit quitter complètement le chantier et arrêter, soit payer d'une manière ou d'une autre. Il y a des noms qui circulent d'auteurs de ces pratiques. Mais j'ai besoin de témoignages et c'est pour ça que je suis très favorable à la médiatisation de ce racket contre les entreprises grenobloises du BTP", conclut Éric Vaillant.

Il plaide également pour l'organisation de réunion entre les groupements de professionnels du bâtiment afin de faire remonter des informations et ainsi permettre de mettre hors d'état de nuire ces délinquants.