Non-dénonciation de crimes pédophiles dans l'Eglise : "Philippe Barbarin n'a rien compris"

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A la veille du procès du cardinal Barbarin, la journaliste et auteur Christine Pedotti, catholique, déplore que l'Eglise se place en marge de la justice des hommes.
INTERVIEW

L'Eglise catholique va devoir répondre de ses démons. La justice, via le tribunal correctionnel de Lyon, jugera le cardinal Philippe Barbarin et cinq anciens membres de son diocèse dès lundi, pour ne pas avoir dénoncé des agressions sexuelles commises sur de jeunes scouts entre 1986 et 1991 par le père Bernard Preynat.

Le cardinal, qui a reconnu des erreurs et demandé pardon aux victimes, disait aussi en novembre dernier qu'il "n'avait qu'un seul juge, le seigneur" et qu'il n'avait fait que suivre ce qui lui avait "été dit par Rome". Des propos auxquels a réagi Christine Pedotti, intellectuelle catholique et auteur du livre "Qu'avez-vous fait de Jésus ?" dans l'émission C'est arrivé demain.

"Ce n'est pas à lui de juger". Ce retranchement derrière les consignes du Vatican présente toute l'étendue du problème au sein de l'Eglise, selon l'auteur et journaliste : "C'est très explicite. Jusqu'à plus informé, il est citoyen français et c'est à la justice française qu'il aurait dû s'adresser. Ça met en lumière le fait qu'ils n"ont encore rien compris. En tous les cas, Philippe Barbarin n'a rien compris. Ce n'est pas à lui de juger si cette affaire doit être dans les mains de Rome."

Se cacher derrière la justice de Dieu est tout aussi désastreux pour la journaliste : "Il y a des vrais crimes, il y a des vraies victimes. Il y a une justice des hommes et la justice de Dieu a un autre champ d'application. Il y a d'abord le justice des hommes."

Entendu sur europe1 :
On a négligé les véritables victimes qui sont les enfants

"Un système délirant". Dans son ouvrage, Christine Pedotti revient également sur l'affaire Pierre Pican, évêque de Bayeux, premier évêque français poursuivi pour non-dénonciation, condamné à trois mois de prison avec sursis en 2001. Juste après son procès, il est félicité par son supérieur, le cardinal Castrillon Hoyos, préfet de la congrégation pour le clergé, pour ne pas avoir dénoncé son "fils" prêtre. "On est dans un système délirant", estime la journaliste, qui étaye son propos : "Si l'évêque se considère comme le père de ses prêtres, il doit au moins leur dire la loi. (...) Sur cette symbolique du père, il y aurait beaucoup à dire. L'évêque est le père de ses prêtres, le prêtre est le père des enfants qu'on lui confie, et tout ça, ce sont des paternités perverses. Il faut arrêter ! La christianisme, c'est une fraternité, ce n'est pas un système de paternité", ajoute la progressiste. 

La journaliste met aussi en lumière une confusion des victimes, dans le sens où l'Eglise considère les prêtres abusifs comme victimes du Diable. "On fait des prières, des bénédictions, on distribue de l'eau bénite, que sais-je ? Mais on a négligé dans cette affaire les véritables victimes qui sont les enfants."

Europe 1
Par Aurélie Dupuy