À Lens, un lycéen a perdu une main, certainement en tentant de ramasser une grenade. Décision immédiate du ministre de l'Intérieur, retirer ce matériel de l'arsenal des forces de l'ordre. Une décision politique qui a suscité la colère des policiers. Les troupes ont le sentiment d'être bêtement stigmatisées. Car cette grenade ASSD n'a en réalité pas été beaucoup utilisée depuis le début du mouvement lycéen.
Une vingtaine de grenades assourdissantes, maximum, ont été tirées depuis la fin du mois de septembre. Les trois quarts l'ont été par la CRS 8, une unité spécialisée dans les émeutes urbaines de haute intensité.
"Au premier incident, le président nous a une nouvelle fois lâchés"
Autant dire que le recours à la grenade ASSD a été très marginal depuis le début du mouvement. Sur le terrain, sa suspension n'a donc que très peu de conséquences. En revanche, pour les policiers, ce retrait symbolique crée un malaise : "À nouveau, on fait porter la responsabilité aux policiers", s'agace l'un d'entre eux.
Surtout, ce sont les propos rapportés d'Emmanuel Macron qui ne passent pas chez les forces de l'ordre. Le chef de l'État a réclamé davantage d'empathie de la part des policiers face aux lycéens. "Au premier incident, le président nous a une nouvelle fois lâchés, comme lors de l'affaire Nahel", regrette un CRS.
Et déjà, dans les rangs, une petite musique semble s'installer. Si un policier ou un gendarme est gravement blessé, leurs collègues pourraient baisser les boucliers et refuser de retourner en première ligne. Scénario "improbable", veut croire un commissaire parisien qui reconnait pourtant entendre monter lui aussi cette colère depuis ses propres rangs.