Mères isolées : "Elles ont vraiment besoin d'être secourues car derrière, il faut nourrir un enfant", lance Christine Kelly

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La journaliste Christine Kelly vient en aide aux mères isolées, qui vivent bien souvent sous le seuil de pauvreté. Le 3 avril, elle doit rencontrer Brigitte Macron pour parler de la question cruciale des pensions alimentaires non payées.
INTERVIEW

Elles sont les premières victimes de la précarité et pourtant, elles ont trop longtemps été délaissées par les politiques. Les "mères isolées" seront au cœur du "grand débat", jeudi, en présence de Marlène Schiappa. La secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes a souhaité inverser le fonctionnement classique d'une conférence : les institutions écoutent, les concernées s'expriment à la tribune. 

"Premières victimes de tout". "Le gouvernement met enfin un coup de projecteur sur ces familles dont on ne parlait pas avant et qui reçoivent toute la misère du monde : premières victimes de la pauvreté, du surendettement, premières à frapper aux portes des associations. Premières victimes de tout. Ce n'est plus possible", explique, jeudi sur Europe 1, Christine Kelly, présidente de l'association K d'urgence, qui vient en aide aux familles monoparentales en situation difficile. 

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Un seul enfant et pas d'aides sociales. Selon l'Insee, entre 1975 et 2014, la proportion des familles monoparentales est passée de 9,4 à 23% sur l'ensemble des familles, soit 2 millions de foyers rassemblant 3,4 millions d'enfants. Dans 82%, le parent seul est la mère, dont près de 35% vivent sous le seuil de pauvreté. "Les pensions alimentaires ne sont pas payées. On croit qu'elles ont des aides, mais elles n'en ont pas. 56% d'entre elles n'ont qu'un seul enfant, donc elles n'ont même pas l'allocation familiale", alerte Christine Kelly. "Elles ont vraiment besoin d'être secourues, car derrière il faut nourrir un enfant", martèle la journaliste et écrivaine.

Enfermées dans le silence. Jusqu'à il y a peu, ces mères isolées "souffraient en silence. Elles n'arrivaient pas à parler, et elles étaient tellement occupées à nourrir leurs enfants, à chercher un emploi… Elles n'arrivaient pas à crier au secours tellement elles étaient préoccupées à rester dignes pour leur enfant. Heureusement, les 'gilets jaunes' ont permis l'émergence de leur situation", observe Christine Kelly. Il y a quelques semaines, Emma, une "gilet jaune" lorientaise, émouvait les auditeurs d'Europe 1 en racontant son quotidien sur notre antenne. Avec un revenu de 700 euros par mois, elle élève seule sa fille de 7 ans, handicapée. "Je ne vis pas, je survis", lâchait-elle.

Faire payer les pensions alimentaires. Pour que de telles situations n'existent plus, Christine Kelly conseille d'abord à ces mères de "parler". "Ça n'a l'air de rien, mais c'est capital", assure-t-elle. Le second point confère aux pouvoirs publics. "Il faut vraiment s'arrêter sur leurs cas, enlever les clichés et trouver des solutions. Lorsque des pensions alimentaires ne sont pas payées, ce sont des jugements qui ne sont pas exécutés, ce n'est pas normal", considère la présidente de l'association K d'urgence. "On ne le sait pas, mais les huissiers de justice peuvent gratuitement aller récupérer les pensions alimentaires", précise-t-elle justement.

Une rencontre avec Brigitte Macron. Après cette journée de "grand débat" jeudi, Christine Kelly emmènera le 3 avril des familles monoparentales rencontrer Brigitte Macron, pour évoquer cette question cruciale des pensions alimentaires. Avec l'espoir que la Première dame en touche un mot au président. 

"Ça m'arrive de ne pas manger"

Aurore, 35 ans, élève seule ses trois enfants. Elle travaille comme assistante administrative dans un hôpital, et touche 2.000 euros par mois. Une pension alimentaire de 100 euros par mois et par enfant lui est versé. Malgré cela, elle n'arrive pas à joindre les deux bouts sans faire de nombreux sacrifices. "C'est très compliqué psychologiquement, à la limite de la dépression parfois. Je ne dors pas de la nuit car je n'arrête pas de cogiter pour savoir comment ça va se passer", témoigne-t-elle au micro d'Europe 1.

"Je viens de rentrer mon argent et je n'ai déjà plus rien. Je culpabilise de me dire que mes enfants n'ont peut-être pas tout ce qu'il faut. C'est eux d'abord, et moi après. D'ailleurs, ça m'arrive de ne pas manger", confie Aurore. Au quotidien, la mère de famille a appris à faire avec "le système D", la course aux promotions et l'achat de produits en gros volume, pour réduire les coûts. Les loisirs sont, dans ce contexte, rarissimes. "Le cinéma, on ne peut pas. On est quatre, donc ça fait tout de suite 40 euros", calcule-t-elle. "Je suis toute seule pour gérer ça, et il faut que j'avance."