Mediator : l'avocat des victimes attend "une condamnation" des laboratoires Servier

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Le Mediator, pouvant déclencher des valvulopathies, a été commercialisé pendant plus de 30 ans. 1:49
Le Mediator, pouvant déclencher des valvulopathies, a été commercialisé pendant plus de 30 ans. © Fred TANNEAU / AFP
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Alors que le jugement dans le procès du Mediator doit être rendu lundi, l'avocat Jean-Christophe Coubris, qui a représenté plus de 2.500 victimes dans cette affaire, appelle sur Europe 1 à une condamnation exemplaire des laboratoires Servier, dans la mesure notamment où ce scandale sanitaire à profondément ébranlé le monde médical.
INTERVIEW

Le tribunal de Paris rend lundi son jugement dans le procès fleuve du scandale sanitaire du Mediator, plus de dix ans après l’ouverture d’une première information judiciaire à la suite de révélations sur la toxicité de ce médicament, utilisé dans le traitement du diabète de type 2. Prescrit à quelque cinq millions de personnes pendant plus de trente ans, le Mediator, pouvant provoquer de l’hypertension artérielle et des valvulopathies, n'a été retiré du marché qu'en novembre 2009. Le parquet a notamment demandé 10 millions d'euros d'amende contre plusieurs sociétés appartenant au groupe Servier, qui a commercialisé ce produit. Mais aussi cinq ans de prison, dont trois ferme, et 200.000 euros d’amende pour Jean-Philippe Seta, ancien bras droit de Jacques Servier, le fondateur des laboratoires du même nom, décédé en 2014.

"Nos victimes attendent que leur statut de victimes du Mediator soit définitivement identifié et reconnu par la condamnation des laboratoires", a déclaré dimanche, au micro d’Europe Midi, Jean-Christophe Coubris, avocat spécialiste des dommages corporels et des erreurs médicales, en première ligne dans ce procès fleuve puisqu’il a représenté plus de 2.500 victimes. "Cette condamnation, je ne peux pas croire que les laboratoires y échapperont tant le dossier mettait clairement en évidence cette incroyable volonté de maintenir à tout prix ce produit sur le marché, alors même qu'il était dangereux et qu'ils ne pouvaient l'ignorer", explique Jean-Christophe Coubris.

"Jusqu'à présent, aucune juridiction n'a condamné sévèrement quelque laboratoire que ce soit"

"Nous espérons aussi que le tribunal saura prendre en considération la souffrance des victimes. J'espère que l'indemnisation sera une indemnisation juste", ajoute l’avocat, alors que près d’un milliard d’euros a été réclamé par l’ensemble des victimes. "Ces laboratoires, pour qu'ils entendent raison, pour qu'ils comprennent, je crois qu'on n’a pas d'autre solution qu’un jugement qui va les sanctionner financièrement", soutient-il. "Ce sera nouveau parce que jusqu'à présent, aucune juridiction n'a condamné sévèrement quelque laboratoire que ce soit."

Aux yeux de cet avocat, le scandale du Mediator marque un point de rupture dans les rapports entre l’industrie pharmaceutique et le système de santé français. "Le corps médical était, je pense, aveuglé par l'attitude des laboratoires. Nous avons un système qui fonctionnait à l'envers. Les médecins étaient formés par les laboratoires qui eux-mêmes n'avaient pas un discours très objectif, mais plutôt commercial pour que les médicaments fabriqués soient vendus par ces mêmes médecins", analyse Jean-Christophe Coubris. "C'est une situation qui a définitivement vécu du fait de ce séisme qu'a été le Mediator."

Europe 1
Par Romain David